Le Libéria à nouveau terre de déportation !

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     Recevant, l'an dernier, les présidents du Libéria, du Gabon et de la Mauritanie dans le Bureau Ovale, Trumpepstein s'était bruyamment étonné du fait que le président du Libéria parle "si bien anglais". 

      L'homme au teint orange ne connait même pas l'histoire de son propre pays, les Etats-Unis !

      Il ne sait pas qu'après l'Abolition de l'esclavage en 1865, de riches Blancs américains avaient financé le "retour" des Noirs en Afrique. 3 siècles après l'arrivée de ces derniers et après qu'ils aient, par leur sueur et leur force de travail,contribué grandement à bâtir les Etats-Unis ! Deux états, le Libéria et le Sierra-Leone, furent alors créés pour recevoir les anciens "esclaves" sans évidemment demander leur avis aux populations locales. Ne parlant pas les langues africaines et ne partageant ni les croyances animistes ou musulmanes de ces dernières, les "Américains noirs" se constituèrent alors en élites anglophones et chrétiennes qui se mirent à dominer les autochtones.

       En fait, ces néo-Africains, en même temps que l'anglais, parlaient un idiome créole justement dénommé le Krio, toujours bien vivant aujourd'huiLes autochtones s'opposèrent sans succès à cette nouvelle forme de colonisation. On sait à quoi cela a abouti : à des guerres civiles féroces qui ont ravagé le Libéria et la Sierra-Leone. Rien donc d'étonnant à ce que le président actuel du Libéria parle un anglais qui avait étonné Trumpepstein ! 

      Rebelote en ce début de 21è siècle : le Libéria a accepté de recevoir 1.200 immigrés (Latinos, Asiatiques etc.) que Trumpepstein a expulsé des Etats-Unis. Ce pays devient donc pour la deuxième fois une terre de déportation ! Avec la complicité des élites libériennes, majoritairement descendantes des "esclaves" déportés en Afrique à la fin du 19è siècle !!!

      Sinon, pour les Antillais qui ne le savent pas, les Békés martiniquais, après l'Abolition de 1848, avaient voulu faire la même chose que leurs cousins des Etats-Unis, cela  bien avant eux : renvoyer les Noirs en Afrique. Il suffit de lire la presse de Saint-Pierre de l'époque et on y trouvera maintes tribunes demandant le départ des "Affricains" (avec deux "f" bizarrement). Comment expliquer cela ? Très simple à comprendre : tant que l'esclavage régnait (1650-1848) la question de savoir qui était légitimement martiniquais ne se posait pas puisque les esclaves n'étaient pas considérés comme des êtres humains mais comme du "bois d'ébène". Mais à partir du moment où l'eslavage fut aboli, la question devenait cruciale. Les Kalinagos (dits "Caraïbes") ayant été génocidés par les colons, ces derniers, se mirent à tenir le discours suivant : "C'est nous qui vous avons emmenés, vous les Nègres, en Martinique ! Cette île est à nous et vous devez retourner en Afrique". 

     Alors que jusque-là le terme "Créole" désignait toute personne, animal ou chose qui était n'était pas autochtone mais néo-autochtone __Blancs créoles versus Blancs nés en Europe, Noirs créoles versus Noirs africains, cheval créole, canne créole etc...__les Békés, après l'Abolition de 1848, opérèrent un véritable rapt sémantique : "C'est nous les seuls Créoles ! Les seuls habitants légitimes de la Martinique et vous devez retourner en Afrique". Alors que le Père Labat écrivait dans son Nouveau Voyage aux Isles de l'Amérique, publié en 1722, "Le petit Nègre qu'on m'avait donné était Créole" (c'est-à-dire "né en Martinique" et non pas en Afrique"), sur la pression des riches planteurs békés dont beaucoup vivaient à Paris la moitié de l'année, les dictionnaires français de la deuxième moitié du 19è siècle se mirent à donner du mot "Créole" une définition entièrement différente : "Blanc de pure race né aux Antilles". Définition doublement mensongère puisque d'une part, nombre de Békés descendaient de Juifs expulsés du Brésil qui avaient dû se convertir au christianisme pour pouvoir émigrer en Martinique (Code Noir oblige !) et d'autre part, le manque de femmes blanches faisait que certains colons furent obligés de concubiner, voire d'épouser, des Caraibesses, des Négresses et plus tard des Mulâtresses. On ne compte pas les courriers alarmistes envoyés par les colons aux rois de France : "Envoyez-nous des femmes sinon la colonie disparaitra !". Richelieu et d'autres firent alors kidnapper des orphelines d'une quinzaine d'années dans les orphelinats de France et de Navarre pour les expédier aux colons antillais. Cela sous le doux surnom de Filles du Roy. Mais leur nombre était insuffisant pour permettre la pérennité du groupe colon lequel dut puiser dans les groupes dits "de couleur", parfois jusqu'à se marier pour certains.

    Ainsi donc, cette nouvelle définition du mot "Créole" dans les dictionnaires de la fin du 19è siècle, en contradiction donc avec celle que ce terme avait acquis dès le 17è siècle, relevait de la volonté ci-après :  en proclamant, après l'Abolition, "Nous sommes les seuls Créoles. Les Noirs sont des Africains qu'il faut renvoyer en Afrique !", les Békés entendaient affirmer qu'ils étaient les seuls autochtones, les seuls habitants légitimes de la Martinique. D'où leur projet de renvoyer leurs anciens esclaves en Afrique qui ne se réalisa pas, contrairement à celui de leurs cousins des Etats-Unis, pour des raisons qu'il serait trop long d'expliquer mais l'intention était là et bien là ! 

    Cela nous amène à réfléchir à deux mouvement d'idées apparus en Martinique dans la deuxième moitié du 20è siècle : le békéisme et le noirisme. Le premier, le Békéisme, se manifeste à travers l'association "Tous Créoles" qui prétend établir ce qu'il appelle "le vivre-ensemble" entre descendants d'esclavagistes et descendants d'esclaves. Donc si on comprend bien, après l'Abolition, les Békés avaient cherché à "renvoyer" les Noirs en Afrique et désormais, ils déclarent que nous sommes tous...pareils !!! On a presqu'envie de leur rétorquer "Trop tard, les gars ! Les vôtres ont voulu accaparer la légitimité de la martinicanité, de la créolité, et maintenant, vous nous faites des yeux doux !". 

    Le deuxième mouvement, à savoir le noirisme, voue une détestation frénétique au mot "Créole" qu'il assimile à "Béké" alors que, comme expliqué plus haut, avant 1848, il signifiait tout simplement "né et élevé aux Antilles" et s'appliquait aussi bien aux êtres humains, qu'aux animaux et au plantes. Puis très vite, à la nouvelle langue, le créole, né en à peine une cinquantaine d'années (1625-1670/80), qui permit de mettre fin à l'espèce de cacophonie linguistique qui régnait alors dans les Isles françaises de l'Amérique : arawak et kalinago (Amérindiens), dialectes d'oïl comme le normand, le vendéen, le bourguignon etc. (Européens), éwé, fon, wolof etc... (Africains). 

    Le noirisme oublie ou feint d'oublier que ces sont les Noirs qui ont créé l'essentiel de la culture martiniquaise : musique, danses, contes créoles, jardin créole, pharmacopée ("rimed-razié"), croyances magico-religieuses (quimbois) etc...Ce sont leurs ancêtres qui ont "créé" la Martinique (le terme créole vient d'ailleurs du latin creare qui signifie "créer") et il est hors de question d'abandonner tout cela pour retourner en Afrique. Evidemment, cette dernière se doit d'être valorisée et enseignée à l'école, des liens forts doivent être établis avec les pays africains et malgré le métissage, la majorité de la population martiniquaise doit être reconnue comme étant "nègre". Ce fut la tâche à laquelle Aimé Césaire et la Négritude s'étaient dévoués

   A ce propos, des universitaires européens et nord-américains nous répètent à longueur d'articles savants et de livres que "Césaire a revalorisé le mot "Nègre". Il l'a certes fait mais pour la petite-bourgeoisie assimilée antillaise ! Le peuple, lui, n'a pas attendu que des grangrek formés à la Sorbonne le fassent. En créole, en effet, le terme "Neg" signifie d'abord "être humain, homme" : 

    Exemple : "Fout Neg-tala kouyon !" ne signifie absolument pas "Qu'est-ce que ce Nègre est con !" mais "Qu'est-ce que ce type est con !". Il peut aussi, dans un deuxième sens, signifier "mon vieux" : "Fok pa ou fè sa, Neg-mwen ! ("Ne fais pas ça, mon vieux !"). Dans un troisième sens, il signifie "Non-Blanc" pour désigner un métis qui pourrait passer pour Blanc : "Alfred Marie-Jeanne sé pa an Blan, sé an Neg !". Et ce n'est que dans un quatrième sens qu'il renvoie à la "race" mais souvent en ajoutant une...couleur : Neg-blan (Albinos), Neg-wouj (Chabin), Neg-nwè (Noir foncé de peau) etc...

    C'est le peuple qui a réhumanisé le mot "Nègre/Neg", cela bien avant les intellectuels de la Négritude. 

     Et quand Fanon dénonça à juste titre les "Peau noire, masques blancs", il visait, là encore, d'abord et avant la petite-bourgeoisie assimilée. En effet, jusqu'à la fin des années 70 du siècle dernier, dans le peuple, il était courant de critiquer les Martiniquais qui épousaient des Blanches, qualifiant ces dernières d'un terme dénigrant : Pòpot-lacho (Poupée en chaux). Le desir de blanchiment a toujours été beaucoup plus fort dans la petite bourgeoisie que dans le peuple ! 

     Enfin, le peuple martiniquais sait très bien qu'il est "Créole" c'est-à-dire ni Kalinago ni Européen ni Africain ni Indien ni Chinois ni Levantin mais un mélange de tout cela sur fond d'africanité fondamentale. Il n'a besoin ni des Békéistes de "Tous Créoles" ni des Noiristes pour se définir...

Commentaires

Libéria ,colonisation et pauvreté ...

yeg

25/08/2026 - 14:10

Le Libéria ,fondé par d'anciens esclaves noirs américains retournés vers la terre de leurs ancêtres est l'un des pays les plus pauvres du monde.
Il est un des rares pays africains ,tout comme le Sierra-Léone ou l'Ethiopie à ne pas avoir été formellement et durablement colonisé comme le furent l'Algérie ,ou le Sénégal.
Donc contrairement à ce que racontent certains ,la pauvreté et le sous-développement ne sont absolument pas une conséquence de la colonisation européenne des siècles 19 et 20.

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