« On mentait éhontément » : comment le Groupe Bernard Hayot s’est enrichi en creusant la pauvreté en outre-mer

Le Groupe Bernard Hayot (GBH) est hégémonique en Outre-mer. L’entreprise réalise près de 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires grâce à son contrôle de la grande distribution, de l’agriculture, du secteur automobile ou de l’industrie, tant dans les Antilles, qu’en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, à la Réunion ou à Mayotte.

Des territoires qui ont en commun de subir des situations sociales et économiques fragiles, alors que le niveau de vie des habitants ne suit pas la voracité du groupe industriel tentaculaire – qui a aussi investi l’Amérique du Sud ou la Chine. Les produits alimentaires sont, par exemple, en moyenne 42 % plus chers en Martinique qu’en France métropolitaine, selon les estimations de l’Insee.

« La consigne est de ne divulguer aucun chiffre »

Régulièrement pointée du doigt pour les marges exorbitantes qu’il applique sur ses produits, GBH entretient un mystère absolu sur sa stratégie commerciale et, surtout, sur ce que lui rapporte sa marchandise. « En Outre-mer, très peu d’entreprises déposent leurs comptes », a tenté de justifier le directeur général du groupe, Stéphane Hayot, devant la Commission d’enquête parlementaire sur le coût de la vie dans les collectivités territoriales, en mai 2023.

Mais alors que quatre citoyens ont saisi le tribunal de commerce de Fort-de-France (Martinique) pour dénoncer ses pratiques, en décembre dernier, et que des révoltes ont eu lieu pour protester contre le coût de la vie, les langues commencent à se délier au sein du groupe. Le journal Libération a ainsi pu consulter plusieurs dizaines de documents internes – « comptes d’exploitation, prix d’achat, marges, taux de rentabilité… » -, divulgués par un cadre de GBH, « plus en adéquation avec les valeurs » de son employeur.

Premier élément à retenir de son témoignage : la direction du groupe maintient bien l’omerta au sein même de sa structure afin d’éviter la moindre fuite. « La consigne est de ne divulguer aucun chiffre à personne, pas même à nos équipes », alerte le témoin s’étant entretenu avec Libération. Une manne d’informations auquel ce dernier a eu accès grâce à son positionnement dans l’entreprise : il fait partie des 170 hauts cadres de GBH, là où la multinationale compte plus de 16 000 employés à travers le monde.

Libération donne l’exemple du secteur automobile. « Sur chaque vente de véhicule de marque Dacia, Renault ou Hyundai, les concessions de GBH réalisent une marge nette comprise entre 18 % et 28 %, soit trois à quatre fois celles pratiquées en métropole, résume le quotidien. En clair, pour un modèle vendu aux alentours de 20 000 euros, une concession peut gagner plus de 5 000 euros net, même après les éventuelles promotions et efforts commerciaux. »

L’impunité et la mainmise de GBH sur le marché sont telle que le groupe peut se permettre de dissimuler le prix des véhicules neufs mis en vente sur son site, sans que cela interpelle de futurs clients. Il en va de même pour leurs partenaires, eux aussi victime de la culture du secret en vigueur dans l’entreprise : « On mentait éhontément aux constructeurs », raconte le cadre de GBH. De fait, les tarifs affichés dans les concessions étaient modifiés en amont des visites commerciales, afin de cacher la marge que réalise le groupe aux constructeurs.

37 % de parts de marché dans le secteur de la grande distribution

Puis, lorsque vient le moment de justifier de telles marges – jusqu’à plus de 45 % plus chères qu’en métropole – pour une voiture, GBH utilise l’excuse du transport de sa marchandise jusqu’aux points de vente. Or, l’octroi de mer et la TVA qui concernent GBH représentent entre 15 % et 20 % du prix de vente final… soit quasiment le même taux de TVA que celui pratiqué en métropole. « En clair, contrairement aux affirmations de la multinationale, les frais d’approche ne permettent pas d’expliquer pourquoi les voitures vendues par ses concessions ultramarines » sont si chères, résume Libération.

Des révélations qui, si elles se concentrent sur le secteur automobile, mettent aussi en lumière l’hégémonie de GBH sur de nombreux secteurs. Par exemple l’alimentaire : environ 37 % des parts de marché dans le secteur de la grande distribution à la Réunion et 45 % des dépenses de consommation courante des ménages réunionnais sont prises en charge par le groupe, qui s’est développé grâce au colonialisme et l’esclavagisme.

Pour rappel, descendant d’une famille de colons arrivés à la Martinique en 1680, héritier d’une fortune opulente bâtie sur l’exploitation de « l’or blanc » – le sucre – par l’esclavage, le béké Bernard Hayot a fait du groupe qu’il a fondé en 1960 une multinationale florissante sur le dos de ses clients. En attendant, pendant que les habitants des Antilles, de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, de la Réunion et de Mayotte peinent à subvenir à leurs besoins, GBH profite de marges qui peuvent atteindre jusqu’à 25 % de son chiffre d’affaires annuel.

Aux côtés de celles et ceux qui 

« On mentait éhontément » : comment le Groupe Bernard Hayot s’est enrichi en creusant la pauvreté en outre-mer

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Commentaires récents

  • Une Tunisienne à la tête d’Orly : l’ascension d’Imène Souid à Paris

    N'importe quoi !

    yug

    07/04/2026 - 07:23

    Quel rapport entre les généraux noirs de Trump et la Kaaba ?

    Lire la suite
  • 185 écolières iraniennes/1 pilote de guerre étasunien

    Et surtout ,surtout ....

    yug

    06/04/2026 - 20:36

    Non seulement ce pilote bombardait l'Iran ,mais il le faisait de manière parfaitement ILLEGALE :l Lire la suite

  • Une Tunisienne à la tête d’Orly : l’ascension d’Imène Souid à Paris

    CHARABIESQUE ?

    Albè

    06/04/2026 - 19:30

    Si t'es con au point de ne pas savoir déchiffrer un énoncé qui n'aurait pas surpris un Bac-5 à qu Lire la suite

  • Une Tunisienne à la tête d’Orly : l’ascension d’Imène Souid à Paris

    Charabia (2)

    yug

    06/04/2026 - 15:09

    Aucune réponse rationnelle et crédible à l'évocation de l'argument charabiatesque suivant ": l' Lire la suite

  • Une Tunisienne à la tête d’Orly : l’ascension d’Imène Souid à Paris

    VA TE FAIRE VOIR !

    Albè

    06/04/2026 - 12:51

    Pauvre inutile qui n'a que ça à faire dans sa vie aussi vide qu'une calebasse : squatter la rubr Lire la suite

  • Une Tunisienne à la tête d’Orly : l’ascension d’Imène Souid à Paris

    Charabia

    yug

    06/04/2026 - 08:27

    Signaler que la Kaaba est le seul bâtiment du monde couvert de noir " sert à révéler tous les non Lire la suite

  • Une Tunisienne à la tête d’Orly : l’ascension d’Imène Souid à Paris

    PREUVES ?

    Albè

    06/04/2026 - 07:58

    Signaler que la Kaaba est LE SEUL ET UNIQUE bâtiment ou monument de couleur noire de toute la pla Lire la suite

  • Une Tunisienne à la tête d’Orly : l’ascension d’Imène Souid à Paris

    C'est pas possible : BOUG TALA FOU !

    yug

    05/04/2026 - 20:56

    1) Cet article évoque l'ascension sociale d'une Franco-Tunisienne .Que vient foutre parmi les com Lire la suite

  • "Moi, je dis, la France aux Français !"

    COMPARAISON IDIOTE !

    Albè

    05/04/2026 - 17:18

    On est raciste, point barre ! Dire "je suis moins raciste qu'untel" est d'une connerie abyssale. Lire la suite

  • "Moi, je dis, la France aux Français !"

    Ouais ,c'est comme la Tunisie aux Tunisiens !!!

    yug

    05/04/2026 - 11:56

    Sauf que les Tunisiens et leurs frères Algériens foutent les étrangers dehors en plein Sahara à c Lire la suite