Pourquoi les Békés et le patronat n'ont-ils jamais investi un seul centime dans le transport en Martinique ?

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        Evidemment personne ne pose et n'a jamais posé pareille question qui pourtant coule de source !

        Question qu'il convenait de poser AVANT la création de MARTINIQUE-TRANSPORT c'est-à-dire à l'époque où le transport était entre les mains d'opérateurs privés. "Taxi-pays" autrefois, ensuite tonbé-lévé et enfin plus récemment compagnies de transports privées, toutes dirigées par des "gens de couleur", pour reprendre la vieille terminologie coloniale. A l'époque, ce système était loin de donner satisfaction aux voyageurs, faut d'horaires fixes et d'horaires nocturnes, sans même parler des dimanches et des jours fériés, même s'il faut saluer le dévouement de nombre de transporteurs tels que Jean Dorsan. 

       Il devenait par conséquent urgent d'instaurer un service à la fois public et fiable accompagné d'un prix du ticket qui soit raisonnable, la majorité des gens qui se déplacent en bus étant de condition modeste (personnes du 3è âge, femmes seules, chômeurs et travailleurs payés au lance-pierre et donc incapables de s'acheter un véhicule automobile etc...). 

       Aujourd'hui, le patronat monte au créneau contre le PNL (Pouvoir Normatif Local) au motif que nos politiques se sont montrés "incapables de résoudre la question du transport" ainsi que celle d'autres domaines comme la distribution de l'eau ou le traitement des déchets. Sauf qu'a l'époque où le transport n'était pas public mais entre les mains d'opérateurs privés, il s'est bien gardé d'y investir le moindre centime. POURQUOI ? Comment expliquer  cela ? Il y a bien sûr des réponses diverses et variées à cette question mais la première qui vient à l'esprit est qu'il est beaucoup plus rentable de placer son argent dans les supermarchés, les magasins de sport et de bricolage et les concessions automobiles.

      Surtout ces dernière : les concessions automobiles.

      Grâce à des sociétés de crédit, les Martiniquais se sont rués ou plus exactement n'ont eu d'autre choix que de se ruer sur l'achat de voitures, souvent hors de prix mais qu'ils pouvaient payer sur quatre ans, voire plus. Résultat : environ 310.000 véhicules particuliers pour...350.000 habitants ! Avec pour conséquence inéluctable qu'une partie de ces véhicules circulent sans assurance ni contrôle technique comme le démontrent régulièrement les contrôles de police et de gendarmerie. C'est que dans cette société de surconsomation qui a été imposé aux "Kowéitiens sans pétrole" que nous sommes devenus, la voiture s'est transformée un marqueur social. Le signe qu'on avait "réussi dans la vie" ! On préfère se priver de tout, ne pas payer sa pension alimentaire ou rénover sa maison, ou encore sombrer dans des activités illicites pour pouvoir parader au volant de son 4/4 dernier cri ou sa BMW. 

   En fait, le patronat ne voyait pas l'intérêt d'investir dans le transport à l'époque où il était entre les mains du privé. Il est donc trop facile aujourd'hui d'accabler nos politiques quand bien même ces derniers portent une part indéniable de responsabilité dans la situation désastreuse actuelle. Beaucoup trop facile ! Sans compter qu'à bien regarder ce patronat se tire une balle dans les pieds : la petite vieille, la mère célibataire, l'habitant des communes ou le smicard qui s'approvisionnent dans leurs supermarchés et autres commerces ont le plus grand mal désormais à s'y rendre. 

    D'une manière plus générale, ce patronat, qui aujourd'hui invoque "le peuple martiniquais" ou "la souveraineté des Martiniquais" qui seraient bafoués si jamais le PNL en venait à se réaliser, notions d'ailleurs qu'il a toujours niées ou rejetées, n'a aucun sens de l'intérêt général des Martiniquais. Tout ce qui le préoccupe c'est continuer à engranger des bénéfices scandaleux ("vie chère") grâce à l'économie de comptoir dont chacun sait qu'elle est l'exact contraire du développement. Et aussi grâce aux milliards d'aides européennes attribuées depuis des décennies aux grands planteurs de banane. 

   Pour donner le changer et promouvoir son fallacieux "vivre ensemble", ce patronat préfère investir depuis quelque temps dans la culture au lieu de... l'agriculture vivrière, par exemple, qui pourrait progressivement favoriser notre autonomie alimentaire. C'est grâce à elle que les Martiniquais ne son pas morts de faim à l'époque dite d'Antan Wobè (deuxième guerre mondiale) même s'ils ont souffert de terribles privations. Or, si jamais un troisième conflit mondial venait à éclater__ce que la guerre en Iran a failli provoquer__tous ces grands panneaux publicitaires qui bordent nos routes et vantent les "ignames du Costa-Rica", les "cuisses de poulet de Pologne" ou les "mandarines du Maroc" nous riront au nez.

   Et si An tan Wobè les voitures ont pu circuler grâce à l'éthanol (carburant tiré de la canne à sucre), en cas de troisième conflit mondial, elles seront complètement à l'arrêt au bout de deux ou trois mois, aucun carburant ne pouvant être fabriqué à partir de la...banane. 

   La Martinique s'est donc transformée en pays-funambule. Par la faute principalement du patronat et des Békés et secondairement de certains de nos politiques... 

   NB. A ce propos, il est intéressant de relire le magnifique roman dystopique de Gerry L'Etang, La désapparition (éditions Project'îles, 2022) qui décrit une Martinique dans laquelle "plus aucun cargo n'arrive" :  

 

    https://fondaskreyol.org/article/desapparition-de-gerry-letang-ou-creolite-autrement

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