Le tout premier roman en créole martiniquais : "Jik dèyè do Bondyé" (1979) de Raphaël Confiant

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     Le tout premier roman jamais écrit en créole fut Atipa du Guyanais Alfred Parépou, cela en 1885.

     Le tout premier roman jamais écrit en créole fut Atipa du Guyanais Alfred Parépou, cela en 1885.

     Puis, un silence de près d'un siècle...

     Et en 1975, Frankétienne publiait "Dézafi", deuxième roman en créole tous pays confondus et premier roman en créole haïtien. 

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      Puis, en 1979, le Martiniquais Raphaël Confiant publiait le troisième roman écrit en créole et le tout premier roman en créole martiniquais : Jik dèyè do Bondyé.

      Il faut toutefois préciser que le créole avait déjà investi plusieurs genres littéraires (la chanson, la poésie, la fable) dès le milieu du 18è siècle. Ainsi le tout premier texte littéraire écrit en créole date de 1754 et s'intitule Lisette quitté la plaine. Il a été écrit par le Blanc créole de Saint-Domingue, Duvivier de la Mahautière, et était une chanson-poème qui s'est diffusée à travers toute la Caraïbe et en Louisiane grâce aux marins, d'une part et aux gazettes (journaux), de l'autre. 

      Par la suite, un genre littéraire__celui de la fable, souvent inspiré du modèle de Jean de La Fontaine__fit florès à travers tout le monde créole, notamment à la Réunion, à l'île Maurice et aux Seychelles. En Martinique, le Blanc créole François-Achille Marbot publia en 1844 Les Bambous. Fables de La Fontaine traversties en patois créole par un vieux commandeur et en 1958 un Mulâtre martiniquais, Gilbert Gratiant, publia Fab Compè Zicaque. 

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      Chanson, poème et fable sont des genres littéraires qui sont proches de l'oralité et ne posaient pas de problème majeur à un idiome maintenu dans l'oralité et considéré comme un patois même par ceux qui le couchaient sur le papier. Ainsi, alors même qu'elle était leur langue maternelle comme le constata (avec indignation) Girod de Chantans dans son Voyage d'un Suisse dans différentes colonies d'Amérique (1785), les Blancs créoles de Saint-Domingue (aujourd'hui "Haïti") le dénommaient "le jargon des Nègres". Quant aux Mulâtres, il y voyaient "un langage vieux-nègre" et après l'abolition de l'esclavage en 1848, les Noirs le virent comme un frein à leur accession à la citoyenneté française pleine et entière, ce qui était compréhensible puisque l'enseignement, l'administration, la justice, le commerce etc. n'utilisaient que la langue française. 

    Le créole a donc été une langue orpheline, sous-estimée et souvent rejetée par tous ses locuteurs, et c'est miracle qu'elle ait survécu jusqu'au 21è siècle.

    Franchir l'étape du roman, investir la fiction romanesque lui a par conséquent été très difficile. Contrairement au texte poétique, le texte romanesque est assez éloigné de l'oralité et exige de s'extraire de cette dernière pour construire un niveau de langue différent, moins lié à l'immédiateté. Mis à part les dialogues, le roman doit affronter deux épreuves : celle du récit et celle de la description. Or, le récit oral des anciens conteurs des veillées mortuaires est difficilement transposable en récit écrit car ce dernier ne dispose ni de l'intonation ni des modulations verbales ni des tambours et tibwa ni surtout d'un public physiquement présent. Le mouvement de la Créolité ne s'astreindra à cette tâche qu'à la toute fin des années 1980 en inventant une manière de "français antillais" qui n'est, contrairement à ce que beaucoup croient, un "français créolisé". Il s'est agi de forger une langue romanesque qui ne soit ni un décalque de la parole des "Maitres de la parole créole" comme l'on désignait les conteurs ni une imitation des romanciers français. Quant à la description ou plutôt au descriptif, autre élément important de l'art romanesque, il est absent de l'oralité traditionnelle créole : les contes ne décrivent jamais un personnage ou un paysage. Ou alors de manière synthétique. 

    On mesure alors toute la difficulté qu'il y a à écrire un roman en créole. 

    C'est ce à quoi s'est astreint Raphaël Confiant lorsqu'il écrivit le tout premier roman en créole martiniquais.

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    Nul ne s'étonnera que ce premier roman en créole martiniquais n'eut presqu'aucun écho. Pas plus que les quatre autres, toujours en créole, que publia l'auteur. C'est qu'en 1979, le créole n'était encore enseigné ni à l'école ni à l'Université. Son "orthographe" venait à peine d'être établie par Jean Bernabé en 1975, ce qui avait provoqué une véritable levée de boucliers chez les tenants de l'écriture étymologique (calquée sur celle du français). Chimiz horripilait, par exemple, ceux qui écrivaient "Chimise". Même Edouard Glissant, pourtant grand promoteur de la "créolisation", pointa du doigt la Graphie-Bernabé ou Graphie-GEREC (acronyme de "Groupes d'Etudes et de Recherches en Espace Créole"), fondé par le même J. Bernabé à l'Université des Antilles et de la Guyane. Dans Le Discours antillais (1981), E. Glissant écrivit qu'elle ressemblait à du...grec ! 

    Aujourd'hui, au 21è siècle, tout cela nous semble bien loin !

    La Graphie-Bernabé ou GEREC a été unanimement acceptée non seulement en Guadeloupe-Martinique-Guyane mais également à Sainte-Lucie et à la Dominique. Un CAPES, puis une agrégation de créole ont été créés grâce à un combat acharné du GEREC, combat mené non seulement par Jean Bernabé mais aussi ses collaborateurs comme Robert Damoiseau, Raphaël Confiant, Bernadette Cervinka, Marijosé Saint-Louis, Elisabeth Vilayleck et bien d'autres. En même temps que ces universitaires des militants du créole diffusèrent la Graphie-GEREC, notamment avec le premier (et seul) journal entièrement en créole de la Martinique : Grif An Tè (1979-82) qui eut 40 numéros. Il avait comme directeur de publication Serge Domi et son comité de rédaction était composé de Serge Harpin, Térez Léotin, Raphaël Confiant, Georges-Henri Léotin, Serge Larcher, Lucienne Chéri-Zécoté, Franck Zaïre et Claude Larcher.

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     D'autres militants culturels comme Yves-Marie-Séraline (qui lança une manifestation dénommée Kreyolfiesta) apportèrent leur contribution à la valorisation du créole de même que des néo-conteurs ou "diseurs" comme Joby Bernabé et Jean-Claude Duverger. De même que Daniel Dobat dit "Mandibèlè" qui créa un prix littéraire récompensant un texte littéraire en créole : Le Prix Sony Rupaire. Prix dont le président fut le grand écrivain haïtien Frankétienne, auteur de Dézafi, le premier roman en créole haïtien.

     Pour en revenir à l'écriture romanesque en créole martiniquais, elle prit son envol à compter des années 1980-90 avec un nombre considérable d'auteurs : Térez Léotin, Judes Duranty, Hughes Barthéléry, Georges-Henri Léotin, Yves-Marie Séraline, Serghe Kéclard, Jala etc...

 

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