I toujou té enmen pwan pié'y

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        L'expression "prendre son pied" émane de l'argot français. 

        Elle s'est acclimatée aux Antilles dans les années 80 par le biais du cinéma, des séries-télé, des Antillanopolitains en vacances, des "Métros" vivant sur place et n'a donc pas attendu la généralisation de l'Internet. Ce qui interpelle ce n'est pas du tout son adoption dans ce ce qu'on peut appeler le FRA (Français Régional Antillais) car désormais la langue de Molière et de Dieudonné est devenue une "langue co-maternelle" pour reprendre l'expression du regretté Jean Bernabé. Il faut entendre par là le fait que désormais, les jeunes Guadeloupéens, Guyanais et Martiniquais apprennent les deux idiomes en même temps même si de plus en plus, malheureusement, l'apprentissage du créole se fait de manière passive. A bien regarder c'est la présence grandissante d'immigrés saint-luciens, dominiquais et haïtiens, qui depuis une trentaine d'années, freine quelque peu ce processus mortifère. 

     Ce qui pose donc problème ce n'est pas du tout que les Antillais et Guyanais en soient venus à dire "Je prends mon pied" mais le fait qu'ils disent aussi "Man/An ka pwan pié-mwen". 

      Pourquoi ? 

      Parce que le créole n'a pas attendu le français pour exprimer le plaisir, la joie ou la jouissance ! Exemples :  

 

      __I ka viv kò'y (I ka viv ti kò'y).

 

      __I ka bwè dlo'y (I ka bwè ti dlo'y).

 

       La première expression, viv kò'w (lit. "vivre son corps") renvoie sans doute au fait que pendant des siècles, le corps du Noir antillais ne lui appartenait pas. C'était celle du Maitre Blanc ! Il n'était que du "bois d'ébène" et jusqu'à preuve du contraire, les arbres, s'ils peuvent communiquer entre eux, n'éprouvent pas de sentiments similaires ou en tout cas comparables à ceux des humains. On nous objectera que jusqu'au milieu du 20è siècle lorsqu'un paysan antillais coupait la branche d'un arbre, il lui demandait pardon et que par conséquent, il s'agissait d'une forme d'animisme hérité de l'Afrique ancestrale. Sauf que la christianisation forcée et immédiate des esclaves (dès qu'ils débarquaient en terre antillaise, ils se voyaient immédiatement baptisés) a fini par étouffer l'immense respect qu'ils éprouvaient pour Dame Nature. Le souvenir du respect porté aux arbres n'a pu perdurer très longtemps, hormis, après l'Abolition, chez les gens qui vivaient à la campagne et cultivaient leur petit jardin créole. Ce n'est donc qu'une fois la période des chaînes et du fouet terminée que nos ancêtres ont pu "vivre leur corps".

   S'agissant de la deuxième expression, "bwè dlo'w" (Lit. "boire son eau"), elle peut sembler, elle aussi, insolite. Mais pas tant que cela quand on se souvient qu'après l'Abolition, les "Nouveaux libres" se voyaient sévèremment punis par les autorités coloniales quand ils refusaient d'accepter de devenir ouvriers agricoles sur les mêmes plantations où ils avaient été esclaves. Le Pouvoir colonial prit ainsi des lois sévères contre ce qu'il appelait "le vagabondage" et l'un des signes permettant de le qualifier était l'état d'ivresse, l'abus de rhum donc, longtemps seule boisson alcoolique abordable pour le petit peuple. 

    "Dlo" dans l'expression qui nous occupe, est donc un euphémisme. Une façon de dissimuler, chez celui qui en boit un peu trop, le rhum. D'ailleurs, ce dernier n'était pas systématiquement appelé par son nom ("wonm"). Les tafiatè ou wonmié, grands consommateurs devant l'Eternel, préféraient et préfèrent encore lui attribuer des surnoms : 

 

     . "Ba mwen an kout 55° !" (Donnez-moi un verre de 55° !) : allusion au titrage d'alcool.

 

     . "Man simié tet-maré a" (Je préfère la tête attachée) : allusion à l'étiquette d'une certaine marque de rhum représentant une Antillaise portant un madras).

 

      . "Zépol karé a sé li ki pli bon" (L'épaule carrée est la meilleure) : allusion à la forme de la bouteille d'une célèbre marque de rhum du Nord-Caraïbe de la Martinique). 

 

     Etc...

 

    La perte de nos expressions créoles, même pour des choses aussi banales que prendre son plaisir, met en exergue l'effacement progressif à la fois de notre trajectoire historique si tragique mais aussi de notre rapport au monde. En effet, demandez à un Antillais ou un Guyanais pourquoi dit-on "prendre son pied", expression qu'il emploie pourtant sans arrêt, tant en FRA qu'en créole, il en sera incapable ! Et si jamais il a la curiosité d'interroger Google, il tombera des nues. Voici : 

 

    . l'argot des voleurs du 19è siècle.

 

    . prendre sa part du butin après un vol. 

 

    . le plaisir physique que les prostituées sont censées éprouver.

 

    Etant de bons chrétiens, n'est-ce pas ?, ne vaudrait-il donc pas mieux dire, loorsque nous parlons en créole en tout cas, "Man ka bwè ti dlo-mwen" ou bien "I ka viv kò'y" ?

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Commentaires récents

  • Soufriere has a new mayor

    LA NEGRITUDE EST PIRE QUE...

    Albè

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    T' ES TOMBE DANS LE PIEGE COMME...

    Albè

    07/10/2026 - 19:57

    ...un crabe-c'est-ma-faute dans une ratière, mon gars ! Lire la suite

  • Soufriere has a new mayor

    la créolité en action?

    @Lidé

    07/10/2026 - 17:06

    cette idéologie "créolité" est pénible sur ce site.
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  • En Allemagne, le fantasme d’une partie de l’extrême droite de récupérer l’Alsace-Lorraine (et plus encore)

    Bonne nouvelle

    @Lidé

    07/10/2026 - 16:11

    Enfin, une bonne guerre tribale comme les blancs les aime!!
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  • « La dignité alimentaire : une nouvelle manière de penser et d’agir concrète et incarnée »

    "Les bourgeois nègres sont pires que les Békés" !!!

    yeg

    07/10/2026 - 13:33

    Enfin !!!!!! Albè a réussi à sortir une phrase intelligente !! Lire la suite

  • Notre 6 octobre, leur 7 octobre

    Et ça commence par Mqe Première !!

    yeg

    07/10/2026 - 11:56

    ........ L'Occident a pris l'habitude d'imposer ses dates au monde entier .......Exact !!
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    L'ONF , les agriculteurs âgés non-remplacés et la CTM (encore ...) qui loue des terres sans l'ea Lire la suite