Le patois lorrain, la deuxième langue la plus parlée du Brésil !

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Importé par des immigrants européens au XIXe siècle, ce dialecte est la deuxième langue la plus parlée du Brésil. Explications.

Dans les rues aux quelques maisons à colombages, les devantures des commerces ont un petit air lorrain : épicerie Schneider, horloger Kroetz, pizzeria Mallmann… Nous ne sommes pas en Moselle mais dans le sud du Brésil, à Santa Maria do Herval, ou plutôt Teewald, son nom en platt. Le platt, aussi appelé hunsrik, est une langue régionale dérivée de l’allemand, notamment parlée en Lorraine… et au Brésil ! Pour comprendre comment elle est arrivée dans ce pays tropical, il faut remonter à 1824.

L’expression signifie aujourd’hui "être en accusation", "devoir répondre de ses actes", mais elle est apparue sous l’Ancien Régime. La sellette était à l’époque un siège bas sans dossier sur lequel s’asseyait le prévenu durant son procès. Une position douloureuse et humiliante qui, pensait-on, le pousserait à passer aux aveux. La Révolution française a supprimé cette pratique peu conforme à l’idée que l’on se fait désormais d’une justice bien rendue. Le terme a perdu son sens juridique mais est resté dans le langage courant avec le sens qu’on lui connaît.

L'appel de l'impératrice du Brésil, Léopoldine de Habsbourg-Lorraine

Deux ans après sa proclamation d’indépendance, le Brésil cherche à peupler et cultiver les zones forestières de sa région sud. De l’autre côté de l’Atlantique, des paysans de Lorraine, du Luxembourg et d’Allemagne (des états de la Sarre, la Rhénanie-Palatinat et la Hesse) veulent tenter leur chance aux Amériques pour fuir la pauvreté. Ils sont encouragés à choisir le Brésil par Marie-Léopoldine de Habsbourg-Lorraine, qui en est, depuis 1822, l'impératrice. Des recruteurs parcourent la Sarre, le Palatinat ou la Moselle, en promettant à leurs habitants des terres fertiles...

Le patois lorrain, la deuxième langue la plus parlée du Brésil !

Le patois lorrain, la deuxième langue la plus parlée du Brésil !

Devenue impératrice du Brésil par son mariage avec Pierre Ier, Marie-Léopoldine de Habsbourg-Lorraine a eu l’idée de faire venir ces colons pour peupler le territoire. ©WIKIPEDIA

Une région habitée par les Guaranis et les Kaingangs

Près de 300 000 vont embarquer pour le Brésil. À l’issue d’une traversée de deux à trois mois, suivie d’une quarantaine à Rio de Janeiro, puis de plusieurs semaines de voyage en bateau pour rejoindre la région de São Leopoldo, les familles "arrivent dans la forêt vierge", selon Solange Hamester, historienne et coordinatrice du projet Hunsrik, qui œuvre pour la sauvegarde de cette langue germanique en Amérique du Sud. A l'époque, la région est habitée depuis des milliers d’années par des peuples autochtones, notamment les Guaranis et les Kaingangs. "Les immigrants pensaient que les terres qu'ils allaient occuper seraient déjà libres ou allaient être libérées, explique Solange Hamester Johann. Il y a eu beaucoup d'histoires d'affrontements avec les indigènes qui se sont sentis envahis."

Le colons importent leur gastronomie

Les premières colonies de peuplement sont bâties grâce au bois extrait de la forêt. Isolées du reste du Brésil, ces communautés majoritairement luthériennes reproduisent un mode de vie européen. Elles construisent des maisons à colombages, plantent et cultivent des vignes et importent leur gastronomie. Au menu : galettes de pommes de terre, klees (sortes de gnocchis) et khuuche (des gâteaux fourrés et nappés).

Le patois lorrain, la deuxième langue la plus parlée du Brésil !Témoins de l’implantation de ces immigrés, des maisons à colombages subsistent. ©WIKIMEDIA

Chaque colonie s’organise autour d’un trinôme composé d’une école, d’une église et d’un cimetière. Les cours et les offices religieux sont en allemand standard, le platt demeurant la langue du foyer et des échanges informels. À partir des années 1920, pour intégrer ces villages au reste du pays, le gouvernement brésilien décide d’y envoyer des instituteurs lusophones. "Personne ne les comprenait : ni leurs élèves, ni les familles, commente Solange Hamester Johann. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, il y avait encore des communautés entières qui ne parlaient pas portugais".

Le patois lorrain, la deuxième langue la plus parlée du Brésil !

Deux siècles après l’arrivée de leurs ancêtres, la langue et le folklore perdurent. ©OKTOBERFESTBLUMENAU.COM.BR

Interdiction de parler sa propre langue, le hunsrik !

Pourtant, juste avant que débute le conflit mondial, en 1937, l’autocrate Getúlio Vargas avait lancé une "campagne de nationalisation" valorisant le portugais au détriment des langues des immigrés. Leur pratique a même été interdite en 1939. Avec l’entrée en guerre du Brésil contre l’Allemagne et l’Italie en 1942, le sentiment de germanophobie augmente et la répression s’intensifie : les personnes ne parlant pas portugais sont arrêtées, et une partie de la mémoire des immigrés (journaux, revues, livres, documents…) est alors détruite. "À la fin de la guerre, par peur des représailles, de nombreux parents ont arrêté d’enseigner le hunsrik à leurs enfants", affirme Solange Hamester-Johann. Le portugais s’impose ainsi au niveau national comme la langue de l’éducation.

Entre 1,2 et 3 millions de locuteurs

Malgré ces années de répression, le hunsrik compte à ce jour entre 1,2 et 3 millions de locuteurs... ce qui en fait la deuxième langue la plus parlée du Brésil ! Dans les années 2000, des linguistes ont proposé une première orthographe du hunsrik, qui était jusqu’alors une langue exclusivement orale. Avec cet outil en main, le Projet hunsrik cherche aujourd’hui à déployer son enseignement dans les écoles brésiliennes.

Le patois lorrain, la deuxième langue la plus parlée du Brésil !

Le patois lorrain, la deuxième langue la plus parlée du Brésil !

Commentaires

Variété des patois ou dialectes "lorrains"

Charles W. Scheel

29/10/2024 - 09:11

Cet article est très intéressant mais il peut induire en erreur car le "patois lorrain" mentionné dans le titre est plus précisément le "francique rhénan", c'est à dire un dialecte allemand parlé aussi en Moselle-Est (distinct d'ailleurs du francique de Moselle-Nord, proche du luxembourgeois). Or il existe aussi un patois lorrain roman, du côté de Lunéville en Meurthe-et-Moselle.
L'appellation "Hunsrik" pour désigner ce "Platt lorrain" (= patois) correspond d'ailleurs à une région montagneuse du land de Hesse (le Hunsrück), et la maison à colombage sur une des photos de l'article est typique des pays rhénans ou badois d'Allemagne, et pas du tout de la Lorraine.
Bref, il y avait sans doute au Brésil quelques émigrants de mon coin natal de Moselle-Est (donc aux confins orientaux de la Lorraine), mais la majorité provenait certainement de Sarre, Hesse ou de Rhénanie-Palatinat. Le patois encore parlé au Brésil relève donc plutôt du francique rhénan.
Voir:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Francique_rh%C3%A9nan_de_Lorraine#:~:text….

Deuxième langue la plus parlée du Brésil ,c'est sûr?

Nuit noire

29/10/2024 - 09:36

On le sait tès peu mais il existe au Brésil une importante communauté japonaise.ILs sont environ deux millions et sont arrivés au 19ème siècle.Je pense qu'une bonne moitié d'entre eux au moins parle le japonais. Soit un bon million de personnes.

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Commentaires récents

  • Ki koté lo moun-tala pasé ?

    AKAN ?

    Albè

    24/10/2026 - 16:47

    Prèmié moun ki rayi kò-yo sé Negdafrik pis lang akan pa lang ofisiel pies péyi afritjen. Lire la suite

  • Ki koté lo moun-tala pasé ?

    "Sakré bann ipokrit ki nou yé"

    Daniel

    24/10/2026 - 15:53

    Sa dwet vre,
    menm si man pa dakò di ki sa ki rete suiv mouvman-an se ipokrit.

    Lire la suite
  • Rodrigue Petitot (RPPRAC) démolit Elie Domota (LKP)

    POUKI SE SENDIKA-A...

    Albè

    24/10/2026 - 07:48

    ...pa ka anni batjé adan mouvman lari-a (RPPRAC) menmsi sé pa yo ka mennen'y ? Lire la suite

  • Ki koté lo moun-tala pasé ?

    "GAOU", "NIATA"...

    Albè

    24/10/2026 - 07:45

    Sé pa pawol matinitjé ki la kidonk man pé pa réponn ou ! Lire la suite

  • Rodrigue Petitot (RPPRAC) démolit Elie Domota (LKP)

    Sans commentaires

    Daniel

    23/10/2026 - 15:40

    Mèsi, man pa te okouran le dènye pawòl. Sa te pou rive jik la.
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  • Ki koté lo moun-tala pasé ?

    Sete an blag

    Daniel

    23/10/2026 - 10:03

    Quoique.
    Menm si yo pa li Fondas Kreyol, yo pa kouyon. Ki mannyè yo ka di:
    Lire la suite

  • Ki koté lo moun-tala pasé ?

    ALIGNEURS...

    Albè

    22/10/2026 - 20:10

    Man pa kwè ni anlo moun ka li FONDAS KREYOL. Arété rakonté KOUYONNAD ! Lire la suite

  • L'incendiaire "présumé" de la mairie de Limoges n'est ni un Mohamed ni un Mamadou

    "................"

    yeg

    22/10/2026 - 15:56

    Pourquoi le mot "présumé" du titre est-il entre guillemets ? Lire la suite

  • Ki koté lo moun-tala pasé ?

    ..."led adan konpowtasion-nou" ?

    Daniel

    22/10/2026 - 14:35

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