Littérature: «La promesse» de Damon Galgut, ou la déconfiture de l’Afrique du Sud blanche

Booker Prize 2021 pour son dernier roman, le Sud-Africain Damon Galgut livre avec La promesse une saga familiale qui traite en creux du déclin de l’Afrique du Sud blanche.

Le dernier roman de Damon Galgut, un grand cru, a été couronné par le Booker Prize 2021 et traduit en français chez L’Olivier. Cet auteur sensible au regard acéré a gagné en maturité. Il fait désormais penser à deux de ses aînés, J. M. Coetzee et Charles Bosman. Au premier, il emprunte le sens de la parabole : toute l’histoire du roman en raconte une autre, plus grande, en creux. Ici, il s’agit de la déconfiture de l’Afrique du Sud blanche, incapable de se remettre en question et malade de sa propre étroitesse d’esprit. De Bosman (1905-1951), méconnu dans le monde francophone faute d’avoir été traduit, mais grande figure de la littérature sud-africaine, il hérite d’un art de l’observation critique, au scalpel, de la société afrikaner.

Ironiquement, il dénomme la famille blanche de sa fiction « Swart » - « Noir » en afrikaans. Celle-ci, basée dans une ferme de la périphérie rurale de Pretoria, entame un long délitement aux dernières heures de l’apartheid, alors que les townships s’embrasent et que l’état d’urgence est décrété. La mère meurt, et la promesse qu’elle a soutirée à son mari – donner une bicoque au fond du jardin à leur femme de ménage noire, Salomé, qui a élevé avec elle leurs trois enfants –, restera très longtemps lettre morte.

Bascule générationnelle

Seul problème : cette promesse est portée comme un serment par Amor, la cadette de la famille, 13 ans, qui en a été témoin et n’en démord pas, quitte à passer pour dérangée. Son combat entêté, emblématique d’une bascule générationnelle, va devenir une ligne de fracture fondamentale sur tout le temps que couvre le livre, de 1986 à 2018. L’enjeu, très simple, se pose en ces termes : pour ou contre donner quelque droit que ce soit à des Noirs ?

Les dialogues autour de cette question semblent tout droit surgis de la vraie vie :

« - Empêche-le de donner une maison à la domestique, dit Désirée, indignée. Elle va tout casser.

- À mon avis, tout est déjà cassé. Mais ce n’est pas la question ».

Sans surprise, le rapport de cette famille blanche avec l’Afrique du Sud noire se limite à de la domination, avant comme après la fin de l’apartheid. Aucun des Swart n’a d’amis noirs. Le chauffeur, Lexington, ne veut pas s’en mêler lorsqu’un prêtre lui demande avant la fin de l’apartheid son avis sur ses patrons :

« - Je ne pense rien d’eux, Monsieur. Je fais ce que je dois, je ne pense pas.

Une déclaration fausse, Lexington ne peut pas répondre honnêtement. Il sent que le révérend veut quelque chose, et lui donner ce qu’il veut risquerait de compromettre sa position. Satisfaire deux Blancs simultanément n’est pas toujours possible. »

Impossibilité de toute relation

Seule la jeune fille de la maison est troublée par la proximité du fils de Salomé, qui a son âge. Elle ne pourra que constater, des années plus tard, l’impossibilité de toute relation avec celui qui est devenu un homme aigri et balafré, un repris de justice pétri de colère.

Quant à Anton, le fils de la famille, un déserteur de l’armée traumatisé par l’assassinat gratuit qu’il a commis lors d’une descente dans un township, il s’est réfugié comme tant d’autres, dans les années 1980, sur les plages du bantoustan du Transkei. Il est le seul de son clan à être sorti de la bulle afrikaner pour s’exposer à la violence crue de sa société.

Un voyage sans retour, qui fait de lui un être abîmé et inadapté au sein de sa propre famille, à laquelle il ne cesse de dire ses quatre vérités. Il est l’un des rares à poser un regard lucide sur le monde qui l’entoure : « Un gouvernement nouveau, démocratique, dans les Bâtiments de l’Union. […] Il se demande si Mandela est là, à cet instant, dans son bureau. De la prison au trône, jamais je n’aurais cru voir ça dans ma vie. Étrange que ça paraisse normal aussi vite. Alors qu’avant, mon Dieu. »

Vides intérieurs

Le livre refermé, que penser ? Cette chronique familiale sur une période qui s’étale sur trente ans, le temps d’une génération, ne donne pas de clés précises, mais plutôt matière à réflexion. L’auteur n’analyse pas les dynamiques à l’oeuvre, comme la posture de lamentation de nombreux Sud-Africains blancs, qui se plaignent sans cesse de l’insécurité, sans admettre que celle-ci reste enracinée dans des inégalités dont ils bénéficient toujours. Il s’abstient aussi de tout « politiquement correct ». Jusqu’au bout, son roman tient les Noirs, 80% de la population, à bonne distance. Ils restent de parfaits étrangers dans la vie de ses personnages. Ce qui contribue à faire partager, entre les lignes, cette expérience de séparation physique et mentale qu’aura été l’apartheid.

Plutôt que des analyses, l’auteur livre des instantanés. Des photographies de sa société, qui sortent des pages comme prises au hasard, dans des vies qui se délitent. Au détour d’une phrase, quand le récit passe par une rencontre hasardeuse dans un bar, on tombe sur un type qui envisage de partir en Australie parce qu’il « ne croit plus à ce foutu pays ».

Damon Galgut scrute surtout le vide intérieur de ses personnages : Anton, écrivain raté, se noie dans l’alcool, pendant que sa femme dérive dans cette nouvelle religion qu’est devenue le yoga. La cadette Amor, elle, s’isole au Cap, à l’autre bout du pays. Pas de rédemption ici, ou alors de travers, comme tout semble aller dans ce curieux pays, « mélange d’optimisme et de malaise ». Quand vient enfin le moment de tenir la « promesse », il est trop tard. Une conclusion qui vaut aussi pour la « nouvelle » Afrique du Sud en général.

L'auteur sud-africain Damon Galgut récompensé du Booker Prize 2021 pour son roman intitulé « La promesse ». © AFP/Tolga Akmen

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Commentaires récents

  • Ki koté lo moun-tala pasé ?

    ALIGNEURS...

    Albè

    22/10/2026 - 20:10

    Man pa kwè ni anlo moun ka li FONDAS KREYOL. Arété rakonté KOUYONNAD ! Lire la suite

  • L'incendiaire "présumé" de la mairie de Limoges n'est ni un Mohamed ni un Mamadou

    "................"

    yeg

    22/10/2026 - 15:56

    Pourquoi le mot "présumé" du titre est-il entre guillemets ? Lire la suite

  • Ki koté lo moun-tala pasé ?

    ..."led adan konpowtasion-nou" ?

    Daniel

    22/10/2026 - 14:35

    Pétet pas yo vini malen, afòs li Fondas Kreyol lanne passe.
    Lire la suite

  • Bracages à Fort-de-France : "...s'exprimant en créole saint-lucien"

    C'EST TOI LE PREMIER DELINQUANT !

    Albè

    21/10/2026 - 11:10

    Tu mériterais qu'on t'arrache ta gueule d'Oncle Tom et de négro aliéné. Lire la suite

  • Bracages à Fort-de-France : "...s'exprimant en créole saint-lucien"

    Et si on avait dit "des braqueurs ste-luciens" ,votre réaction ?

    yeg

    21/10/2026 - 11:02

    Exactement le même phénomène que je décrivais il ya qq commentaires de celà: par peur dêtre trait Lire la suite

  • Le chef du renseignement d'Arabie saoudite sur la sellette

    ET DONC...

    Albè

    21/10/2026 - 07:42

    ...ce général noir saoudien a fait COMMENT pour naitre puisque ses parents étaient tous castrés ? Lire la suite

  • Le chef du renseignement d'Arabie saoudite sur la sellette

    LES PETITS-ENFANTS DE BILAL-LE-CASTRÉ

    yeg

    20/10/2026 - 21:27

    Bilal ,le premier muezzin de l'histoire était un Nègre ESCLAVE ,notons-le ,au 7ème siècle donc pr Lire la suite

  • Le chef du renseignement d'Arabie saoudite sur la sellette

    DIGNE DESCENDANT DE...

    Albè

    19/10/2026 - 19:38

    ...Bilal ?

    Lire la suite
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    Albè

    19/10/2026 - 08:18

    Heu...Au collège, on m'avait appris "Carthago delenda est" lors de cours d'histoire chiants au po Lire la suite

  • Le lycéen dézingueur d'Aubagne ne s'appelle ni Mohamed ni Mamadou ni Mano !

    yeg; pourquoi ce larbinisme?

    @Lidé

    17/10/2026 - 07:39

    votre larbinisme vous empêche de comprendre que: judaïsme, christianisme et islam c'est la même m Lire la suite