Happening littéraire aux abords de La Savane

D’ordinaire les manifestations littéraires se déroulent dans des espaces fermés : bibliothèques, médiathèques…

Le jeudi 02 juillet dernier il en a été tout autrement : à l’IMPERATRICE ou plus exactement à son entrée et dans la rue qui lui fait face s’est tenu une manière de happening littéraire : les deux derniers livres de Raphaël Confiant y ont été présentés à savoir La Savane, Papa De Gaulle et et la Négresse en déveine (Caraibéditions) et Barbès Créole Blues (Mercure de France).

          Michelle Monrose, présidente de la Commission « Culture » de la CTM (Collectivité Territoriale de la Martinique) et Annie Barège, proviseur, ont eu la tâche de présenter le premier ouvrage dans lequel, étonnament, le personnage principal n’est pas un être humain mais une…place publique, en l’occurence celle de La Savane qui se situe au coeur de Fort-de-France. Choix insolite, ont expliqué les deux premières présentatrices qui vise à exprimer et exalter tout à la fois l’imaginaire de ce lieu où se sont déroulés tant d’événements majeurs pour la Martinique : la déportation du roi Béhanzin, l’arrivée de la Vierge du Grand Retour, le célèbre discours du général De Gaulle dans lequel il s’était écrié « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Que vous êtes français ! », l’assasinat d’un garde-du-corps du politicien de droite Michel Renard lorsque ce dernier avait tenté de ravir la municipalité de Foyal au PPM (Parti Progressiste Martiniquais) et tant d’autres événement…

     Michelle Monrose et Annie Barège ont mis en exergue l’humour, parfois féroce de l’auteur, qui n’occulte pas du tout une mise en lumière et une réflexion sur l’histoire non seulement de La Savane et Foyal mais tout autant de la Martinique entière. Les personnages du roman reflètent ainsi toutes les couches socio-ethniques : des « majors » nègres comme Fils-Du-Diable-en-personne au lycéen mulâtre, habitué de la fameuse « Allée des Soupirs » où flirtait la jeunesse petite-bourgeoise, en passant par les balayeurs de rue indiens, les commerçants en tissu syro-libanais et les boutiquiers chinois. « La Savane, Papa De Gaulle et la Négresse en déveine » est, comme toute l’oeuvre de Raphaël Confiant, une manière de célébration, toujours critique et distanciée, de notre Créolité.

     L’anthropologue Louis-Félix Ozier-Lafontaine s’est penché, pour sa part, sur l’autre ouvrage de l’auteur, Barbès Créole Blues, qui évoque à travers les personnages de Boris, étudiant à la Sorbonne, et Emilienne, apprentie infirmière qui finit sur les trottoirs du quartier parisien de Barbès, tout un pan de l’histoire martiniquaise que notre littérature a peu traité, hormis l’oeuvre de Françoise Ega. Ce roman a, en effet, pour toile de fond l’émigration antillaise vers l’Hexagone, organisée à compter des années 60 par un organisme de sinistre réputation, le BUMIDOM. L-F. Ozier-Lafontaine a montré comment le style de l’auteur, son enracinement dans la psyché martiniquaise et la langue créole, produit chez le lecteur un sentiment très particulier. Il se sent comme rassuré par la formidable énergie, benoitement qualifiée de « résilience » par certains, qui a permis au peuple martiniquais de résister à toutes les avanies de l’histoire et cela jusqu’à aujourd’hui.

    Ce happening littéraire, co-organisé par MARTINIQUE-ECOLOGIE et L’IMPERATRICE, s’est achevé par une discussion très animée avec le public en dépit de l’animation des bars et restaurants tout proches, installés sur La Savane.

Philippe Pied

 

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