Palimpseste : « Manuscrit sur papyrus et surtout sur parchemin, dont la première écriture, enlevée par grattage ou lavage a fait place à un nouveau texte. » Larousse.
Le hasard d’une flânerie dans mes Ardennes natales a conduit mes pas dans l’abbatiale d’une petite ville appelée Mouzon. Cet édifice m’a réservé une surprise. Sous un banc de bois et son prie-Dieu, le relief patiné d’une pierre tombale a accroché mon regard.
Au centre de la plaque, des armories abîmées. De part et d’autre, soutenant l’énorme blason, deux hommes nus, vêtus d’un pagne en feuilles. Les visages sont effacés mais on devine les barbes et les cheveux longs. L’élément le plus évocateur de la gravure est constitué par le bâton porté par chaque personnage, presque aussi grand qu’eux, effilé dans la partie empoignée et très large à l’autre extrémité avec un bel arrondi lissé.
Mon œil ne s’y trompe pas et reconnait un boutou.
C’est pour moi une énigme à résoudre. La Revue Historique Ardennaise dans un article signé D. de Barre de Raillicourt, dissipe le mystère.
Il faut remonter aux racines de l’histoire coloniale française. Le marquis Claude Thomas d’Amblimont, né en 1642 est un gentilhomme ardennais devenu Capitaine de vaisseau. En 1696, Louis XIV le nomme Gouverneur des Iles d’Amérique. Ce gouvernement comporte la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galante, la Désirade, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Saint Christophe. Atteint du mal de Siam autrement dit la fièvre jaune, il meurt le 7 août 1700. Son corps est inhumé dans l’église de Fort-de-France mais son cœur est rapporté dans celle de Mouzon.
Nouveau regard porté sur la pierre tombale. Les deux personnages athlétiques armés de boutous (massues) sont censés représenter des Caraïbes. Pourquoi ? Parce que « Claude d’Amblimont protégea les indigènes en empêchant les Anglais de s’installer à la Martinique et à Saint-Vincent ». Cette plaque sculptée observée en Europe interpelle. Que sont devenus les descendants de ces indigènes si bien protégés ?
Ils ont été purement et simplement rayés de la carte au terme d’une véritable « épuration ethnique ». L’expression est anachronique bien sûr mais le travail d’élimination n’en a pas moins été effectué avec le même acharnement que dans les tueries programmées des temps modernes. Le résultat est là. On s’accorde à penser qu’au début du XXe siècle, les dernières personnes se reconnaissant, en Guadeloupe, une appartenance à la « nation caraïbe » disparurent de leur territoire réservé à la Pointe de la Grande Vigie.
La Guadeloupe est un palimpseste. Sur cette terre vivent des hommes et des femmes qui portent en eux et dans leur culture les survivances secrètes d’un monde disparu. Chaque jour, ils marchent dans les pas des premiers Américains les ayant précédés et que les Européens n’ont jamais pu asservir car ils ont su livrer des guerres armées et diplomatiques à armes égales avec les puissances colonisatrices. L’historien Gérard Lafleur dans Les Caraïbes des Petites Antilles (Karthala, 1992) signale que les Européens furent « amenés à prendre conscience confusément, de notions corrélatives, de nation ou peuple caraïbe et territoire national, même si ces concepts ne furent pas explicitement formulés et définis dans ces termes modernes ».
Les Caraïbes ont lutté pendant trois siècles dans des combats inégaux en raison du renouvellement constant des renforts européens. La Guadeloupe comme les autres îles de la Caraïbes sont en même temps leurs terres et leurs cimetières. Gérard Lafleur (qui n’est en rien un historien activiste) nous rappelle que « à l’égard de ce peuple, les Européens ont manifesté l’agressivité la plus féroce qui semblait être tendue par la volonté consciente d’aboutir à leur extermination pour occuper sans coup férir le territoire qu’ils habitaient et défendaient pied à pied »
Il y a plus de trois siècles les Européens débarquaient sur les rives de Karukéra. Aujourd’hui les Caraïbes* ont disparu mais leurs traces et leur souvenir restent. La Guadeloupe est un palimpseste.
Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
*Dans l’ile voisine de la Guadeloupe, la Dominique, vivent des descendants de rescapés de cette extermination. Ils veulent être appelés par le nom qui est le leur, à savoir kalinagos.
Man pa kwè ni anlo moun ka li FONDAS KREYOL. Arété rakonté KOUYONNAD ! Lire la suite
Pourquoi le mot "présumé" du titre est-il entre guillemets ? Lire la suite
Pétet pas yo vini malen, afòs li Fondas Kreyol lanne passe.
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Tu mériterais qu'on t'arrache ta gueule d'Oncle Tom et de négro aliéné. Lire la suite
Exactement le même phénomène que je décrivais il ya qq commentaires de celà: par peur dêtre trait Lire la suite
...ce général noir saoudien a fait COMMENT pour naitre puisque ses parents étaient tous castrés ? Lire la suite
Bilal ,le premier muezzin de l'histoire était un Nègre ESCLAVE ,notons-le ,au 7ème siècle donc pr Lire la suite
...Bilal ?
Lire la suiteHeu...Au collège, on m'avait appris "Carthago delenda est" lors de cours d'histoire chiants au po Lire la suite
votre larbinisme vous empêche de comprendre que: judaïsme, christianisme et islam c'est la même m Lire la suite