En Guadeloupe, l’eau ronge la côte... et des os d’esclaves sortent du sable

Sur la plage de Saint-François, en Guadeloupe, des ossements d’anciens esclaves affleurent à cause de l’érosion. Le réensablement montre ses limites. À quand une protection du site et un travail de mémoire sur le passé colonial ?

La plage des Raisins clairs de Saint-François, en Guadeloupe, n’est pas uniquement connue pour son sable blanc sur lequel se détendent touristes et locaux près d’une eau transparente, proche des 27 °C. Elle fait régulièrement la une de la presse locale pour de macabres découvertes. Fin janvier, des ossements humains y ont de nouveau été découverts. Ces morceaux de squelettes n’émanent pas d’un sordide fait divers, mais de dépouilles d’esclaves enterrés là. « En Guadeloupe, vous avez beaucoup de plages, aujourd’hui touristiques, qui sont installées sur d’anciens cimetières d’esclaves. C’est le cas des Raisins clairs », résume Barbara Camier, adjointe au maire de Saint-François en charge de la préservation du patrimoine naturel et de l’embellissement du territoire.

Les premières découvertes remontent aux années 1990. En 1992, c’est un crâne qu’un badaud déniche avec, autour du cou, un lourd anneau de fer. Des fouilles réalisées en 2013 ont permis de mettre au jour entre 500 et 1 000 tombes datant de l’époque coloniale, incluant un nombre indéterminé d’esclaves. « Le site était un vaste cimetière. La majeure partie est déjà sous l’eau, mais d’autres sépultures sont encore enterrées sous le sable. Les chercheurs se demandent même si certaines d’entre elles ne sont pas sous le restaurant des Raisins clairs », souligne Barbara Camier.

 

Deux opérations de sauvetage ont été lancées par le Service régional de l’archéologie sur la plage des Raisins clairs (ici en 2014). On y trouve des adultes et des enfants des deux sexes.

© Jérôme Rouquet, Inrap / CC BY-NC-ND 4.0

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Une information que confirme un couple de Guadeloupéens rencontré sur ladite plage : « On a toujours trouvé des ossements ici, pas loin du restaurant. On voit bien que ce sont des restes humains », dit-il. Une courte inspection à cet endroit précis nous permet d’identifier ce qui pourrait être assimilé à des os, peut-être humains.

L’érosion côtière, révélateur de cimetière

La principale cause de ces découvertes en cascade est l’érosion côtière aggravée par le changement climatique [1]. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) estime que d’ici 2100 le niveau de la mer pourrait augmenter de plus de 1,20 m dans l’arc caribéen. 

« Nous avons perdu entre 20 et 30 mètres de côtes en dix ans », nous précise Barbara Camier. Saint-François fait partie des quatorze communes de Guadeloupe devant, en urgence, adapter son urbanisme à l’érosion du littoral. Lors d’un colloque international de 2024 dans la commune du Moule, le conservateur régional de l’archéologie, Jean-François Modat, déclarait à l’AFP qu’en Guadeloupe, « 4 400 sites archéologiques sont recensés et parmi eux, 800 se situent à moins de 100 mètres du bord de mer [...]. 160 sites archéologiques, dont une quinzaine sont déjà en train de partir à la mer ».

Le restaurant de la plage des Raisins clairs. © Ludovic Clérima / Reporterre

Jusqu’à présent, le réensablement régulier du site avait permis de limiter la découverte ponctuelle d’ossements humains. Une méthode qui montre ses limites vu l’accélération du recul du trait de côte. « Nous avions même installé des barrières et des panneaux en 2015, mais tout a été emporté par la mer », assure l’adjointe au maire de Saint-François. D’autres pistes sont explorées : « le conseil départemental a mis en place un “comité de restauration des lieux de mémoire de l’esclavage colonial” qui s’est réuni le 6 février à la Maison départementale de la Guadeloupe. Ce sujet est considéré comme urgent par la collectivité », indique Emmanuel Gordien, président du Comité Marche du 23 mai 1998, une association qui œuvre à honorer les victimes de l’esclavage colonial.

Possible fragment d’os humain (2026). © Ludovic Clérima / Reporterre

Vers une nécessaire sanctuarisation du site

La construction de digues permettant de protéger le site tout en le valorisant est à l’étude : « Des panneaux seront installés pour parler de cette histoire et faire honneur à nos morts. Car ce ne sont pas juste des os que l’on retrouve aux Raisins clairs, mais des traces physiques de la violence coloniale en Guadeloupe. Les restes humains qu’on a exhumé sont parfois ceux de jeunes enfants », précise, émue, Barbara Camier.

Le littoral du cimetière s’érode. © Ludovic Clérima / Reporterre

Un jardin mémoriel accompagnerait cette opération. Mais avec les élections municipales, les premiers coups de pelleteuses pourraient être donnés après 2028 et le projet terminé en 2030. Pourtant, préserver les vestiges de ce passé colonial est urgent, tout comme l’est le sauvetage des tombes de l’actuel cimetière de Saint-François, lui aussi menacé par l’érosion côtière. Situées à quelques mètres de la plage des Raisins clairs, certaines sépultures menacent de tomber à l’eau quand d’autres ont déjà été emportées par la mer.

La plage des Raisins clairs de Saint-François, en Guadeloupe, n’est pas uniquement connue pour son sable blanc sur lequel se détendent touristes et locaux près d’une eau transparente, proche des 27 °C. Elle fait régulièrement la une de la presse locale pour de macabres découvertes. Fin janvier, des ossements humains y ont de nouveau été découverts. Ces morceaux de squelettes n’émanent pas d’un sordide fait divers, mais de dépouilles d’esclaves enterrés là. « En Guadeloupe, vous avez beaucoup de plages, aujourd’hui touristiques, qui sont installées sur d’anciens cimetières d’esclaves. C’est le cas des Raisins clairs », résume Barbara Camier, adjointe au maire de Saint-François en charge de la préservation du patrimoine naturel et de l’embellissement du territoire.

Les premières découvertes remontent aux années 1990. En 1992, c’est un crâne qu’un badaud déniche avec, autour du cou, un lourd anneau de fer. Des fouilles réalisées en 2013 ont permis de mettre au jour entre 500 et 1 000 tombes datant de l’époque coloniale, incluant un nombre indéterminé d’esclaves. « Le site était un vaste cimetière. La majeure partie est déjà sous l’eau, mais d’autres sépultures sont encore enterrées sous le sable. Les chercheurs se demandent même si certaines d’entre elles ne sont pas sous le restaurant des Raisins clairs », souligne Barbara Camier.

 

Deux opérations de sauvetage ont été lancées par le Service régional de l’archéologie sur la plage des Raisins clairs (ici en 2014). On y trouve des adultes et des enfants des deux sexes.

© Jérôme Rouquet, Inrap / CC BY-NC-ND 4.0

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Une information que confirme un couple de Guadeloupéens rencontré sur ladite plage : « On a toujours trouvé des ossements ici, pas loin du restaurant. On voit bien que ce sont des restes humains », dit-il. Une courte inspection à cet endroit précis nous permet d’identifier ce qui pourrait être assimilé à des os, peut-être humains.

L’érosion côtière, révélateur de cimetière

La principale cause de ces découvertes en cascade est l’érosion côtière aggravée par le changement climatique [1]. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) estime que d’ici 2100 le niveau de la mer pourrait augmenter de plus de 1,20 m dans l’arc caribéen. 

« Nous avons perdu entre 20 et 30 mètres de côtes en dix ans », nous précise Barbara Camier. Saint-François fait partie des quatorze communes de Guadeloupe devant, en urgence, adapter son urbanisme à l’érosion du littoral. Lors d’un colloque international de 2024 dans la commune du Moule, le conservateur régional de l’archéologie, Jean-François Modat, déclarait à l’AFP qu’en Guadeloupe, « 4 400 sites archéologiques sont recensés et parmi eux, 800 se situent à moins de 100 mètres du bord de mer [...]. 160 sites archéologiques, dont une quinzaine sont déjà en train de partir à la mer ».

Le restaurant de la plage des Raisins clairs. © Ludovic Clérima / Reporterre

Jusqu’à présent, le réensablement régulier du site avait permis de limiter la découverte ponctuelle d’ossements humains. Une méthode qui montre ses limites vu l’accélération du recul du trait de côte. « Nous avions même installé des barrières et des panneaux en 2015, mais tout a été emporté par la mer », assure l’adjointe au maire de Saint-François. D’autres pistes sont explorées : « le conseil départemental a mis en place un “comité de restauration des lieux de mémoire de l’esclavage colonial” qui s’est réuni le 6 février à la Maison départementale de la Guadeloupe. Ce sujet est considéré comme urgent par la collectivité », indique Emmanuel Gordien, président du Comité Marche du 23 mai 1998, une association qui œuvre à honorer les victimes de l’esclavage colonial.

Possible fragment d’os humain (2026). © Ludovic Clérima / Reporterre

Vers une nécessaire sanctuarisation du site

La construction de digues permettant de protéger le site tout en le valorisant est à l’étude : « Des panneaux seront installés pour parler de cette histoire et faire honneur à nos morts. Car ce ne sont pas juste des os que l’on retrouve aux Raisins clairs, mais des traces physiques de la violence coloniale en Guadeloupe. Les restes humains qu’on a exhumé sont parfois ceux de jeunes enfants », précise, émue, Barbara Camier.

Le littoral du cimetière s’érode. © Ludovic Clérima / Reporterre

Un jardin mémoriel accompagnerait cette opération. Mais avec les élections municipales, les premiers coups de pelleteuses pourraient être donnés après 2028 et le projet terminé en 2030. Pourtant, préserver les vestiges de ce passé colonial est urgent, tout comme l’est le sauvetage des tombes de l’actuel cimetière de Saint-François, lui aussi menacé par l’érosion côtière. Situées à quelques mètres de la plage des Raisins clairs, certaines sépultures menacent de tomber à l’eau quand d’autres ont déjà été emportées par la mer.

La plage des Raisins clairs, février 2026. Des restes humains surgissent au milieu des locaux et des touristes. - © Ludovic Clérima / Reporterre

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