Le GIP "Kay Lang Kréyol" officiellement mis en place

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        4 siècles qu'aucune instance politique martiniquaise ne s'était décidée à prendre à bras le corps la question de la langue créole ! 

        Ce mercredi 09 septembre, à l'Agora de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), a été solennellement signé l'acte de création du GIP KAY KREYOL-LA en présence de Serge Letchimy (président de la Collectivité), Annie Chandey (représentant la municipalité de Fort-de-France) en présence de la quasi-totalité des anciens et actuels défenseurs de la langue créole : Raphaël Confiant, Georges-Henri Léotin, Joseph Galonde, Yves-Marie Séraline, Mandibèlè, Serge Domi, Michelle Monrose etc... 

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   Nous reviendront en détail sur l'événement dans de prochains articles mais pour l'heure, il importe de replacer la création du GIP Kay Lang Kréyol-la dans un cadre historique plus vaste.

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        Le créole, né en à peine une cinquantaine d'années (1625-1670/80), n'était évidemment pas une question pendant la période esclavagiste (1635-1848) et quoique les Maitres blancs l'utilisaient quotidiennement sur les plantations et parfois l'écrivaient, ils le qualifiait au mieux de "patois" et au pire de "jargon des nègres". 

        Puis, de l'Abolition (1848) à 1975, le créole fut férocement combattu par l'institution scolaire française désormais élargie à toute la population martiniquaise et non aux seuls Békés. Tout en continuant à le parler, la majorité noire n'avait pas le choix : l'école (la terre des gens sans terre), seul moyen d'échapper à "l'Habitation" était non seulement uniquement en français mais combattait férocement le créole. Sur les murs des écoles primaires martiniquaises des années 1950-60, on pouvait ainsi lire des affiches proclamant :

   "IL EST INTERDIT DE PARLER CREOLE ET DE CRACHER PAR TERRE" 

   Rien de spécialement réservé aux élèves antillais puisque les élèves bretons faisaient face à la même admonnestation : 

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   En 1952, dans Peau noire, masques blancs, Frantz Fanon fut l'un des premiers à dénoncer cette aliénation linguistique mais il a fallu attendre le milieu des années 70 pour qu'un puissant mouvement de revendication créolitaire voit le jour. Notamment avec la création du GEREC (Groupe d'Etudes et de Recherches en Espace Créole) en 1975 par Jean Bernabé au sein de l'ex-Université des Antilles et de la Guyane. Dans le même temps, des activistes du créole publiaient un journal entièrement en créole, Grif An Tè (1979-82) dont le directeur de publication était Serge Domi. Quant à Raphaël Confiant, il publiait en 1979 le tout premier roman en créole martiniquais, Jik dèyè do Bondyé. Et dans les années 80-90, une extraordinaire floraison d'écrivains créolophones vit le jour : Georges Mauvois, Monchoachi, Térez Léotin, Joby Bernabé, Georges-Henri Léotin, Serge Restog, Jala, Jude Duranty, Hughes Barthéléry, Roland Davidas, Daniel Boukman, Eric Pézo et tant d'autres. 

   A l'Université, le GEREC, après avoir mis en place une Licence et un Master de Créole grâce à des créolistes tels que Robert Damoiseau notamment, obtenait de haute lutte la création d'un CAPES de créole en février 2000 qui permit de doter l'enseignement secondaire de professeurs dument formés. Puis, une dizaine d'années plus tard, la création d'une Agrégation de créole. Or, face à toute cette effervescence et créativité autour de la langue créole, nos politiques de tous bords demeuraient muets ou indifférents, certains mêmes hostiles. Cependant, lorsqu'Alfred Marie-Jeanne fut réélu président de l'ex-Conseil régional en 2004, il fit attribuer une subvention conséquente au GEREC qui permit à ce dernier de publier une dizaine de "Guides de préparation au CAPES de créole". Garcin Malsa, pour sa part, maire de Saint-Anne (de 1989 à 2014) mit en place un système de traduction en créole des décisions du conseil municipal de sa ville. Enfin en 2015, lorsque le Gran Sanblé, mené par Alfred Marie-Jeanne, s'empara de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), une "Direction de la langue créole" fut créée mais avec...1 seul employé territorial !!!

    Dans le même temps, le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) était muet sur la question du créole. A sa décharge, le combat de son fondateur, Aimé Césaire, était la réhabilitation du Noir et ce combat était trop difficile et complexe pour que le créole puisse être considéré comme l'un des éléments de ladite réhabilitation. C'est pourquoi dans leur Eloge de la Créolité (1989), Patrick Chamoisau, Jean Bernabé et Raphaël Confiant qualifient Aimé Césaire d'Anté-créole et non d'Anti-Créole comme le père de la Négritude est souvent accusé. Qu'aujourd'hui Serge Letchimy et la CTM qu'il préside créént un GIP Kay Lang Kréyol constitue donc un virage à 180° par rapport au positionnemment politique du PPM depuis presque trois-quarts de siècle. Il semblerait qu'au sein de ce parti d'assez fortes réticences se soient manifestées s'agissant de ce virage...

   Mais, une fois de plus, le créole n'a pas de chance : ce GIP Kréyol tombe à un très mauvais moment. Le système de transport public est asphyxié financièrement, le SDIS qui s'occupe des incendies et des accidents de la route aussi, la vie chère n'a jamais diminué d'un seul euro en dépit des manifestations du RPPRAC, le trafic de drogue et la violence quotidienne explosent, la Martinique vieillit tout en se vidant de sa population puisque le nombre de décès y es désormais supérieur à celui des naissances etc... 

    La responsabilité de ce désastre ne peut être imputée à un seul parti politique car aucun d'eux n'a jamais envisagé (la Droite) de desserer les liens coloniaux qui existent entre la Martinique et la France ni réussi à le faire malgré diverses tentatives (les Autonomistes et les Indépendantistes). La Droite se moque du monde quand elle feint de croire que seuls les Autonomistes et les Indépendantistes portent la responsabilité de ce désastre. Ils feignent d'oublier que le très UNR/RPR Emile Maurice fut président du Conseil général pendant 22 ans à l'époque où ce dernier était le Collectivité majeure. Quant aux Autonomistes et Indépendantistes lorsqu'ils accédaient au pouvoir, ils se contentaient de gérer (assez mal pour les premiers, plutôt bien pour les seconds), ce qui ne changeait rien fondamentalement à la situation de la Martinique. 

   A ceux qui diront que le GIP Kay Kréyol n'a aucun intérêt en cette période critique, on objectera que le créole a un peu plus de 4 siècles d'existence  (17e, 18è, 19è, 20e et premier quart du 21e) et que la langue et la culture d'un peuple, son "être-au-monde", doivent être dissociées des péripéties politiques et économiques qu'il traverse. Avant 1960, la Martinique était un vaste champ de canne à sucre, après 1960, elle est devenue un vaste champ de banane et sans doute qu'en 2060, une nouvelle culture s'imposera. Au plan politique, la Martinique a été la propriété des rois de France, puis une colonie, ensuite un département d'Outremer, aujourd'hui une Collectivité d'Outremer et demain une Collectivité autonome et peut-être un pays indépendant.

     Bref, la langue et la culture d'un peuple, son identité si l'on préfère, ne dépendent pas et ne doivent pas dépendre mécaniquement des évolutions politiques et économiques qu'il est inévitablement amené à connaitre au cours de son histoire. 

     La création de KAY LANG KREYOL-LA est aussi un hommage à nos ancêtres qui pendant 3 siècles n'ont parlé qu'une langue det une seule : le créole...

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