Le professeur Benaouda Lebdai est un universitaire reconnu, en Algérie et au-delà, spécialiste des littératures comparées africaines coloniales et postcoloniales. Ces dernières années, il s’était déjà distingué par une biographie de Winnie Mandela et par des ouvrages sur l’esclavage et sa mémoire. Très inspiré, depuis longtemps, par le psychiatre et penseur anticolonial mondialement célèbre Frantz Fanon (1925-1961), il vient de consacrer à celui-ci, à la faveur du centenaire de sa naissance, une biographie singulière qui manquait : « Frantz Fanon Algérien. Un choix » (Casbah Editions, Alger).
La trajectoire de Fanon est inséparable de l’histoire de l’Algérie
Les ouvrages sur Frantz Fanon et sur son œuvre, publiés depuis plus de soixante ans dans différents pays, sont légion. Mais il n’existait pas, jusque-là, de « biographie algérienne » de ce Martiniquais qui a choisi d’épouser la Révolution algérienne, jusqu’au don de sa vie à l’âge de trente-six ans seulement. C’est maintenant chose faite et c’est justice, car la trajectoire de Fanon est inséparable de l’Algérie devenue par choix son pays. Comme l’écrit Benaouda Lebdai: « Amputer Fanon de sa matrice algérienne nuit à toute analyse objective de son œuvre et de ce qu’il a voulu devenir ». Car sans l’Algérie en lutte contre le système colonial, Frantz Fanon ne serait pas allé jusqu’au bout de ses engagements idéologiques et politiques, et de la théorisation de sa pensée anticoloniale. Cette biographie, qui intègre majoritairement des témoignages et des références bibliographiques d’Algériens, se compose de quatre parties: une première consacrée à l’action innovante et libératrice du médecin-psychiatre-chef à l’hôpital de Blida-Joinville; une seconde décrivant l’engagement de Fanon pour l’Algérie indépendante; une troisième rendant compte des fruits de son action diplomatique en Afrique subsaharienne en tant qu’ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA); et une quatrième qui souligne combien le Martiniquais devenu Algérien demeure une source d’inspiration pour le monde. Le lieu n’est pas, ici, de raconter tout l’itinéraire de Fanon. On en rappellera juste quelques moments. A dix-neuf ans, ce fils de famille nombreuse à l’histoire familiale marquée par le grand crime de l’esclavage, choisit de s’engager au service de la France libre, contre la barbarie nazie. Pour rejoindre l’hexagone à partir de la Martinique, il passe, en mars 1944, par l’Algérie colonisée où il est choqué par la pauvreté du peuple, le spectacle des enfants qui ont faim. Combattant sur le front de l’Est, il fait l’expérience du racisme affiché par des officiers et des soldats européens vis à vis des Africains et des Maghrébins. Une expérience du mépris qui se renouvellera douloureusement durant ses années lyonnaises d’études de médecine, entre 1946 et 1952. Dans la deuxième métropole de France, il découvre tout particulièrement la souffrance physique et psychologique des travailleurs immigrés algériens. Mais c’est à Lyon, aussi, qu’il rencontre et épouse Josie Dublé, avec qui il aura un fils: Olivier Fanon. Dans cette cité, également, qu’il conçoit sa première grande œuvre, qui déconstruit les mécanismes du racisme systémique : « Peau noire, masques blancs », publiée à Paris, aux Editions du Seuil, en 1952.
Soigner les traumatismes liés aux violences coloniales
En novembre 1953, Frantz Fanon arrive comme médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville. Regroupant quelque mille cinq cents patients, femmes et hommes, cet établissement, créé en 1938, est alors le seul hôpital psychiatrique d’Algérie. Les patients « indigènes » sont relégués dans des bâtiments sordides, abandonnés, parfois enchaînés, comme l’a si justement montré le film récent (2024) du réalisateur algérien Abdenour Zahzah: « Frantz Fanon », entièrement tourné dans cet hôpital. Beaucoup de malades souffrent de traumatismes liés aux violences coloniales. Fanon impose le respect à leur égard, leur rend leur dignité et la parole. Il impulse une floraison d’actions thérapeutiques pour contrer les théories racistes de « l’Ecole d’Alger » du professeur Antoine Porot. Il crée des lieux sociaux (cafétéria, café maure, mosquée, stade de foot… ) et lance des thérapies occupationnelles comme la couture, la broderie, le tricot. Il s’appuie beaucoup sur les infirmiers algériens, dont l’infirmier-artiste Abderrahmane Aziz, futur grand chanteur, et l’infirmier-joueur de football Abed Dahmane. Fait venir des comédiens et des conteurs locaux comme Mahiedine Bachtarzi et Mohamed Touri. Accueille le mufti de Blida le vendredi. Soucieux de la reconstruction psychologique positive de ses malades qu’il appelle « pensionnaires », il met en valeur leur algérianité. Avec ses internes, il se déplace dans les douars haut-perchés des montagnes de Kabylie, attentif à l’organisation traditionnelle de la société rurale algérienne, et il s’intéresse de près au rôle des marabouts et des femmes dans la prise en charge des maladies psychiatriques. A partir de 1956, il s’efforcera d’apprendre l’arabe dialectal algérien.
Engagé dans la lutte pour la libération de l’Algérie
La pratique médicale de Frantz Fanon s’avère être déjà, en soi, une manière de lutter contre le colonialisme et la destruction des personnes que ce dernier provoque. Après le déclenchement de la Révolution du 1er novembre 1954, contacté par le Front de libération nationale (FLN) à l’automne 1955, le médecin antillais accepte d’accueillir clandestinement dans son service, en hospitalisation de jour, des moudjahidines blessés, et il forme des combattants à la résistance psychologique en cas d’arrestations et de tortures.

Frantz-FANON
Le docteur Fanon se trouve ainsi en relation avec plusieurs responsables du FLN, au premier rang desquels Abane Ramdane, mais aussi Salah Louanchi, Mohamed Drareni, Benyoucef Benkhedda. Larbi Ben M’hidi, Mustapha Bencherchali, le commandant Si Azzedine (Rabah Zerari), le colonel Sadek (Slimane Dehiles)… Ceux-ci apprécient l’homme, le considèrent de plus en plus comme l’un des leurs. L’implication du médecin-chef martiniquais dans la Révolution algérienne, bien entendu, finit par être découverte par les autorités coloniales. Fanon donne sa démission avant qu’on ne l’arrête, le 30 décembre 1956, dans une lettre à la teneur historique. Après un passage par Paris, il rejoint la Tunisie devenue indépendante depuis le 20 mars 1956, et est embauché à l’hôpital psychiatrique Razi, de la Manouba. Mais il devient également l’éditorialiste politique du journal « El Moudjahid », dont le responsable de la rédaction est Rédha Malek. Avec son épouse Josie, ils sont les voisins de palier de Omar Oussedik. Fanon se retrouve avec de nombreuses personnalités de l’Algérie en lutte et en exil, notamment le poète Moufdi Zakaria, parolier de l’hymne algérien « Kassaman », et Assia Djebar. Il publiera des articles dans « El Moudjahid » jusqu’en 1959. Une année qui est celle de la parution, aux Editions François Maspero à Paris, de « L’An V de la Révolution algérienne », un ouvrage né de l’expérience accumulée au cœur de la guerre d’Indépendance, première analyse systématique de la transformation qui s’opérait alors au sein du peuple algérien engagé dans la révolution.
A Accra, la capitale du Ghana indépendant depuis mars 1957.
Le GPRA demande alors à Frantz Fanon de devenir son ambassadeur à Accra, la capitale du Ghana indépendant depuis 1957. Le médecin et penseur anticolonial arrive en mars 1960 dans ce pays que dirige Kwame Nkrumah et qui est un grand pôle de soutien aux indépendances africaines. Bénéficiaire d’un passeport tunisien, le Martiniquais devenu aussi Algérien (quand il s’exprime, il dit: « Nous, Algériens ») voyage au Congo qui tente de se libérer de la domination belge, au Mali, en Guinée, au Libéria, en Côte d’Ivoire, en Ethiopie, au Mozambique… Il participe à des rencontres inter-africaines importantes, telles la Conférence de Conakry du 11 avril 1960, où sa voix porte. Il se lie d’amitié avec Patrice Lumumba, le leader congolais qui sera assassiné en janvier 1961. Il accomplit un périple de deux mille kilomètres pour trouver une voie d’acheminement d’armes, du Mali de Modibo Keita jusqu’à l’Algérie. Il aspire à la création d’une Afrique anticoloniale unie, et souhaite la création d’une armée de militaires africains qui viendraient combattre en Algérie avec l’Armée de libération nationale (ALN). Frantz Fanon donne de lui-même sans compter. Il est réellement engagé « corps et âme » dans la Révolution algérienne. Dans ses missions, il approfondit toujours plus sa connaissance et son analyse de l’oppression coloniale, et il se préoccupe de forger des concepts anti-coloniaux capables de fournir des clés aux peuples en quête de libération. Le diplomate militant reste un penseur. Ainsi entreprend-t-il la création de sa troisième grande œuvre, « Les damnés de la terre », qui paraîtra à Paris, aux Editions Maspero, en octobre 1961. Mais le cancer, une leucémie, est tragiquement venu s’inviter, à partir de décembre 1960, à la table de son existence. Le GPRA l’envoie recevoir des soins à Moscou au printemps 1961, puis aux Etats-Unis en octobre après un passage à Tunis. Il meurt le 6 décembre 1961, dans l’hôpital militaire de Bethesda, dans la banlieue de Washington, entouré de son épouse, de son fils et de nombreux amis. Lui qui aurait voulu mourir les armes à la main pour l’Indépendance de l’Algérie qu’il ne verra pas de ses yeux, a demandé à être inhumé dans son pays d’adoption. Il est enterré en terre algérienne, au cimetière d’Aïn Kerma proche de la frontière tunisienne, en présence, notamment, de Chadli Bendjedid, qui représente le GPRA, de Krim Belkacem et du commandant Ali Mendjeli.
Une source d’inspiration universelle
Fort de sa connaissance des littératures de toute l’Afrique mais aussi de l’Amérique Noire, Benaouda Lebdai convoque, tout au long de son livre, mais plus encore dans sa quatrième partie, nombre d’écrivains et d’essayistes algériens, antillais, sub-sahariens et sud-africains, qui ont été influencés par Frantz Fanon, des années 1960 jusqu’à aujourd’hui. Parmi les auteurs et autrices algériens, on ne s’étonne pas de trouver Mouloud Feraoun, Mohammed Dib, Ismaël Aït Djafer, Mouloud Mameri, Kateb Yacine, Aïssa Djebar, Tahar Djaout, Maïssa Bey, Tassadit Imache, Kaouther Adimi, Djamel Mati, Rachid Boujedra, Mohamed Harbi, Messaoud Benyoucef, Mustapha Bendofil… Cent un ans après sa naissance, soixante-cinq ans après sa mort, Frantz Fanon, du fait de sa dénonciation chirurgicale du racisme systémique et de l’oppression coloniale, continue d’inspirer de nombreux acteurs de la liberté à travers le monde. La Martinique peut être fière de l’avoir vu naître. L’Algérie peut se louer de l’avoir adopté comme l’un de ses fils. Tous les admirateurs de Fanon, en tout cas, dans leur diversité, peuvent se réjouir du travail accompli par Benaouda Lebdai.
C.D
Quelle rapidité ,quelle célérité ,quelle précipitation, quelle ..(tous les autres synonymes sont Lire la suite
Prèmié moun ki rayi kò-yo sé Negdafrik pis lang akan pa lang ofisiel pies péyi afritjen. Lire la suite
Sa dwet vre,
menm si man pa dakò di ki sa ki rete suiv mouvman-an se ipokrit.
...pa ka anni batjé adan mouvman lari-a (RPPRAC) menmsi sé pa yo ka mennen'y ? Lire la suite
Sé pa pawol matinitjé ki la kidonk man pé pa réponn ou ! Lire la suite
Mèsi, man pa te okouran le dènye pawòl. Sa te pou rive jik la.
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Quoique.
Menm si yo pa li Fondas Kreyol, yo pa kouyon. Ki mannyè yo ka di:
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Man pa kwè ni anlo moun ka li FONDAS KREYOL. Arété rakonté KOUYONNAD ! Lire la suite
Pourquoi le mot "présumé" du titre est-il entre guillemets ? Lire la suite
Pétet pas yo vini malen, afòs li Fondas Kreyol lanne passe.
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