Yanick Lahens : la lumière des voix féminines oubliées

Yanick Lahens revient en librairie avec Passagères de nuit, un roman qui, loin des convulsions immédiates d’Haïti contemporaine, plonge dans les ombres du XIXe siècle. Mais ce détour historique n’est pas un exil hors du réel : il est au contraire une manière de scruter, à travers la fiction, les forces invisibles qui structurent les destins collectifs. Lauréate du prix Femina en 2014 pour Bain de lune, puis du prix Carbet en 2020, Lahens confirme sa place singulière dans la littérature francophone : celle d’une écrivaine qui fait du roman un instrument de mémoire et de résistance.

Dans Passagères de nuit, deux femmes, Elizabeth et Régina, figures de sa propre lignée, prennent chair. Leurs existences, marquées par l’exil, le silence et la lutte, auraient pu se perdre dans l’oubli des chroniques officielles. En choisissant de raconter ces vies effacées, Lahens accomplit un geste éminemment politique : elle redonne à ces femmes une visibilité que l’Histoire, écrite trop souvent au masculin, leur a refusée. L’Histoire se nourrit de batailles, de révolutions, de grands hommes ; elle laisse dans l’ombre les milliers de vies qui, loin des projecteurs, ont porté la dignité, assuré la transmission, gardé vivante la flamme de l’espérance.

C’est là que réside la force du roman : mettre en lumière la part discrète mais décisive de celles que l’on a longtemps reléguées au second plan. Dans le silence imposé aux femmes, Lahens entend une autre forme de résistance : l’endurance, l’art de continuer, même sans horizon clair. En donnant voix à Elizabeth et Régina, elle ne restitue pas seulement deux destins singuliers, elle rappelle que l’Histoire est faite aussi par celles qui ne figurent pas dans les manuels.

La démarche de Yanick Lahens est d’autant plus frappante qu’elle-même vit à Port-au-Prince, au cœur d’un pays où les violences des gangs rendent la vie quotidienne incertaine. Rester, écrire malgré tout, est déjà un acte de résistance. Choisir de s’ancrer dans la littérature, dans cette zone où mémoire et imagination se rejoignent, devient une manière de refuser la dépossession.

En rendant hommage aux femmes de l’ombre, Lahens trace un parallèle implicite avec Haïti d’aujourd’hui. Car derrière les luttes visibles et les figures politiques, il y a encore ces femmes anonymes qui tiennent debout le pays, dans les foyers, dans les rues, dans les marchés. Leur histoire, comme celle d’Elizabeth et Régina, n’est pas écrite dans les archives officielles, mais elle est gravée dans la mémoire des peuples.

À travers ce roman, Lahens nous invite à déplacer le regard : à comprendre que la dignité et la force ne résident pas toujours dans la victoire, mais parfois dans la simple capacité à continuer malgré l’absence d’espoir. C’est là, dans ces vies silencieuses, que se cache l’autre visage de l’Histoire.

Avec Passagères de nuit, Yanick Lahens rappelle qu’écrire, c’est aussi rendre justice. Justice à celles qui, dans la nuit et l’ombre, ont façonné le monde autrement.

Ricarson DORCE

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Commentaires récents

  • Sont-ils antisémites pour autant ?

    AU FAIT...

    Albè

    18/08/2026 - 11:21

    ;;;dans l'un de vos commentaires au bas de l'article parlant du 50è anniversaire de la graphie du Lire la suite

  • Sont-ils antisémites pour autant ?

    Àlbè, j’ai vérifié : je me trompais...

    Frédéric C.

    17/08/2026 - 20:16

    ...en effet about les Perses. Pour le reste, je maintiens tout. Lire la suite

  • Ces jeunes marocains n'ont pas cherché à libérer un territoire occupé mais...

    CE BOUFFON DE YEG...

    Albè

    17/08/2026 - 19:02

    ...se garde bien de répondre à la question qui lui est posée sans arrêt : si les Arabes avaient c Lire la suite

  • Ces jeunes marocains n'ont pas cherché à libérer un territoire occupé mais...

    Sacré yeg!!!!!!!!!!!!!!!!!

    @Lidé

    17/08/2026 - 16:19

    la castration est une bonne chose pour les yegs.
    albè à raison

    Lire la suite
  • Ibrahim Traoré, chef d'état du Burkina-Faso : "Au nom du peuple africain, au nom des peuples opprimés, je dis "Gaza vivra !"

    yeg est islamophile??????!!!!!!!!!!! lol

    @Lidé

    17/08/2026 - 16:15

    Ibrahim Traoré refuse la charia, et oui
    c'est pour cela que yeg vomit?

    Lire la suite
  • Ces jeunes marocains n'ont pas cherché à libérer un territoire occupé mais...

    Quand Albè approuvait explicitement la castration..

    yeg

    17/08/2026 - 16:10

    Lors d'un échange récent (date et coordonnées ci-dessous ) voici ce qu'écrivait Albert l'Ordure:< Lire la suite

  • Ibrahim Traoré, chef d'état du Burkina-Faso : "Au nom du peuple africain, au nom des peuples opprimés, je dis "Gaza vivra !"

    Traoré la vermine aggrave son cas

    yeg

    17/08/2026 - 12:28

    Au Burkina Faso, plongée dans les geôles clandestines de la machine répressive d’Ibrahim Traoré . Lire la suite

  • Covid et prévisions météo ou l'éternel enfant-gâtisme des Negs fwansé

    MEU NON !

    Albè

    17/08/2026 - 11:53

    Même si y'a l'indépendance un jour, ils continueront à se comporter comme de grands enfants.

    Lire la suite
  • Sont-ils antisémites pour autant ?

    PERSES...

    Albè

    17/08/2026 - 09:57

    Il me semble que les Perses ne sont ni arabes ni sémites. Lire la suite

  • Sont-ils antisémites pour autant ?

    Non, ils ne sont pas "antisémites", et pour deux raisons...

    Frédéric C.

    17/08/2026 - 09:21

    Ils ont un regard acéré sur l’histoire du monde, et notamment du colonialisme (celà sous-tend leu Lire la suite