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A l’image de la Jamaïque, beaucoup d’îles ont connu et connaissent encore le clientélisme politique. Une pratique qui amène toutes sortes d’abus avec son lot d’injustices et de morts.
L’ouvrage de l’auteur réunionnais Mickaël Joron se veut captivant, par un scénario ficelé sur un point de vue intérieur. Nous sommes dans la tête d’Alexandre Néron. Un homme décadent au cœur froid pour ses ennemis. Un nervi pour politicien de droite. A l’instar de Claudius Massop pour Edward Seaga en Jamaïque ou Clément Barbot sous Papa Doc en Haïti.
Le récit nous emmène sur un parcours ténébreux, un voyage dans les bas-fonds de l’humanité. Là où ce dernier mot ne semble plus avoir de sens. Tout est basé sur Alexandre, de sa genèse à ce qu’il devient par la suite. Comment bascule-t-on de l’enfant innocent au monstre sanguinaire quelques années plus tard ? L’auteur nous décrit un mécanisme qui nous rend mal à l’aise face à son personnage principal. L’écrivain réussit à créer une forme d’attraction-répulsion avec Néron. Un attachement malsain se créer face aux déboires d’une vraie ordure. Un monde sans scrupule se dessine sous les dires et regards du protagoniste qui y nage comme un poisson dans l’eau. Alexandre fait corps avec son environnement crapuleux. Le récit se faisant à la première personne, nous lecteur avons l’impression d’être rendus complices des actes odieux de Néron et ses camarades.
La société créole en arrière-plan devient aussi un personnage sous l’emprise de l’hypocrisie, de la corruption, de la violence. Le pays entier est pris en otage, une île que l’auteur ne nomme pas. Un mélange des différentes terres créolophones. On retrouve un peu de Haïti, de Jamaïque, de Guadeloupe, de la Réunion, de Trinidad, de la Martinique, de, la Guyane et plus encore. Des sociétés complexes, ex-colonies, post-esclavagistes qui n’ont pas encore réussies à résoudre leurs dilemmes sociétaux. Néanmoins la surprise pour le lecteur se produira au dénouement de ce scénario qui vous laissera transpirant. C’est un roman psychologique avant tout, ne l’oubliez pas. L’auteur joue avec nos sens et nous laisse des indices tout au long du parcours. Un dénouement digne d’un film de Night Shyamalan, avec une saveur de Shutter Island.
A relever aussi l’ambiance très Shottas pour les anciens. La conclusion fera écho au second livre de l’auteur : « Anecdotes illustrées du mysticisme réunionnais ». Un mysticisme qui a construit l’inconscient collectif des sociétés créolophones et qui obtient ainsi le dernier mot…
Le Pirate
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