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Je signale ici la sortie du dernier ouvrage de Jean-Christophe Cloutier, Big American Writer. The Bilingual Jack Kerouac (New York, Columbia University Press, 2026, 320 p.) qui met en lumière le rôle souvent occulté de la langue maternelle de Kerouac – le dialecte franco-québécois parlé par la population canuck employée dans les usines de textiles de Lowell dans le Massachusetts, où Kerouac était né en 1922.
Mes contacts avec Jean-Christophe Cloutier remontent à 2022 lorsqu'une recherche en ligne sur René Maran m'a permis de découvrir sur la page du Musée Rosenbach de Philadelphie, l'existence d'un manuscrit oublié de Batouala, véritable roman nègre, ouvrage qui s'était vu décerner le prix Goncourt en 1921, au grand dam des cercles colonialistes de Paris. Professeur associé de littérature anglaise et comparée à l'Université de Pennsylvanie, dont le campus de Philadelphie est situé à 1 km seulement du musée Rosenbach, Jean-Christophe Cloutier a eu l'amabilité d'aller scanner les 167 pages du manuscrit de Batouala et les quatre pages du tapuscrit de sa fameuse préface, rendant ainsi un grand service au groupe de recherche « René Maran » de l'ITEM/CNRS/ENS, créé à l'occasion du centenaire de la parution de Batouala*.
Le présent article a donc été suscité par le croisement de divers liens sur plus d'un siècle en Martinique : René Maran y est né de parents guyanais en 1887, et j'y suis venu moi en 2012 pour occuper un poste de professeur de littérature américaine – terme qui, dans ma conception comparatiste comprend non seulement la littérature étatsunienne mais aussi la caraïbe et la latino-américaine. Or il se trouve que, bien avant de me voir proposer la coordination du groupe René Maran en 2020, le premier film que j'ai vu à Madiana après mon installation sur l'île, a été On the Road (Sur la route), un road movie franco-américano-canado-brésilien, adapté du roman de Kerouac, produit par Francis Ford Coppola, réalisé par Walter Salles, et nominé pour la Palme d'or au festival de Cannes 2012. Il avait fallu attendre cinquante-cinq ans pour que le bestseller de Kerouac (qui cache la vingtaine de ses autres ouvrages, comme Batouala cache les vingt-quatre autres livres de René Maran) soit enfin traduit à l'écran, alors que Kerouac avait lui-même écrit dès 1957 à Marlon Brando pour lui proposer le rôle de Dean Moriarty (le bad boy séducteur et fou du volant), se réservant celui de son alter ego Sal Paradise, le protagoniste-narrateur du roman.
[Photo 2 : On the road, exemplaire acquis à Houston en 1974]
Mon intérêt pour On the road, roman découvert à Houston en 1974, avait été ravivé par la parution en 2007 de On the road : the original scroll (Viking Penguin, 416 p.), la transcription du fameux rouleau de 36 m sur lequel un Kerouac stimulé par les drogues avait dactylographié – en trois semaines à New York en 1951, et en un seul paragraphe – le récit brut de ses voyages avec son ami Neil Cassady entre 1947 et 1950. Cette publication fascinante allait inspirer une communication lue au Congrès 2011 de l'AFEA (Association Française d'Études Américaines) tenu à l'Université de Brest sur le thème « La Vérité / Truth and Truth Value ». Mon étude analysait la manière dont Jack Kerouac s'était servi de documents pour illustrer sa propre conception de la vérité en fiction et en poésie, dans les deux « romans » qui constituent les piliers de sa « Légende de Duluoz » (quatorze volumes) : On the Road et Visions of Cody, rédigés d'ailleurs en parallèle**.
[Photo 3 : On the road, the original scroll, 2007]
Si je remettais en cause dans cette étude le mythe symplificateur de « l'écriture spontanée » de Kerouac, les travaux approfondis de Jean-Christophe Cloutier sur les archives de Kerouac révélaient bien d'autres aspects méconnus dans la production de l'écrivain. Cloutier est en effet l'auteur de Shadow Archives : The Lifecycles of African American Literature (Columbia, 2019), l'éditeur de deux livres encore inédits de Jack Kerouac (La vie est d’hommage et Sur le chemin), ainsi que le traducteur en anglais des manuscrits français de Kerouac (réunis dans The Unknown Kerouac : Rare, Unpublished & Newly Translated Writings, Library of America, 2016).
Il vaut de noter que Sur le chemin est paru en France en 2023 (Gallimard, Du monde entier), et que cette fiction débridée a été rédigée en pleine création de Sur la route au début des années 1950. Dans ce tapuscrit découvert vers 2020 et édité par Cloutier, Kerouac imagine l’enfance des personnages de son chef-d’œuvre : Ti-Jean, son double fictionnel, rencontre le petit Dean Pomeray dans un loft miteux de Chinatown, pendant que leurs pères s’adonnent à l’ivresse et au poker. La notice de Gallimard précise que « Kerouac a principalement écrit Sur le chemin en joual, patois oral québécois mêlant français et anglais, acrobaties lexicales et système phonétique en zigzag. Découvert cinquante ans après sa mort, cet ovni littéraire paraît dans cette langue hybride, chantante et explosive qui apporte une nouvelle lumière sur le processus créatif de Sur la route, tout en offrant une expérience de lecture unique en son genre. »
[Photo 4 : La vie est d'hommage, Montréal 2016]
Quant à l'ouvrage qui vient d'être publié – Big American Writer. The Bilingual Jack Kerouac – Jean-Christophe Cloutier espère pouvoir en publier une traduction française par son éditeur au Québec, Boréal, une fois le défi du financement d'un tel projet surmonté, car c'est une priorité pour lui de faire circuler ces idées dans le discours francophone sur Kerouac. En attendant cette publication en français, Jean-Christophe Cloutier m'a proposé la traduction française de la description de son livre que je reproduis ci-dessous :
« Jack Kerouac a longtemps été mythifié comme une figure emblématique de l’Amérique : le ''pape de la Beat Generation'', éternellement sur la route, qui a su donner voix à l’avant-garde de la contre culture moderne. En réalité, il est né Jean-Louis Kérouac de parents immigrés du Québec, et a grandi dans un foyer francophone à Lowell, dans le Massachusetts. Tout au long de sa carrière, Kerouac a non seulement rédigé en secret des manuscrits en français, mais a aussi assuré lui-même la traduction de ses textes, naviguant ainsi entre le français et l’anglais. Dans ses journaux intimes, souvent bilingues, il déplorait les blessures causées par l’assimilation et ce qu’il qualifiait d’impossibilité de vivre en français aux États-Unis.
Big American Writer présente Jack Kerouac sous un jour nouveau, celui d’un auteur bilingue issu d’une minorité ethnique, démontrant que son éducation et ses racines franco-canadiennes ont joué un rôle déterminant dans ses œuvres littéraires. S’appuyant sur des années de recherches dans les archives, Jean-Christophe Cloutier démystifie les pratiques de composition complexes et les techniques d’autotraduction de l’écrivain. Il révèle que Kerouac a ouvert la voie à de nouvelles manières de transcrire l’oralité du français nord-américain dans ses manuscrits et a inventé sa méthode de la ''prose spontanée'' en partie pour réagir à l’impossibilité de réaliser son rêve de vivre en français. En confrontant les manuscrits français secrets de Kerouac ainsi que son poème en prose multilingue Old Angel Midnight, à des œuvres phares telles que Sur la route (On the Road), Cloutier explique comment l’écriture de Kerouac reflète la complexité de l’identité ethnique aux États-Unis. Offrant un regard inédit sur une figure souvent mal comprise, Big American Writer démontre en quoi le bilinguisme de Kerouac transforme à jamais notre compréhension de sa place au sein de la littérature nord-américaine et mondiale. »
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* Charles W. Scheel, « Note à propos du manuscrit de Batouala, véritable roman nègre, de René Maran, découvert au musée-bibliothèque The Rosenbach de Philadelphie », Continents manuscrits [En ligne], 17 | 2021, mis en ligne le 20 mars 2022. URL : http://
journals.openedition.org/coma/8579 ; DOI : https://doi.org/10.4000/coma.8579
** Charles W. Scheel. Of Tapes, Scrolls, and Truth : Jack Kerouac's Use of Documents in the Making of “On the Road” and “Visions of Cody”. La vérité / Truth and Truth Value, Congrès 2011 de l'AFEA, Mai 2011, Brest (FR), France. ⟨hal-04070918⟩
Tout à fait d'accord ...et très vite !!
Lire la suiteil faut arrêter ces délinquants, non?
Lire la suiteTu connais maintenant le terme "papillonisme" ? Ha-ha-ha ! Lire la suite
Vous confondez "papillonisme" et relations sexuelles interraciales.
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...sa ka prédi an mové bagay. An bidim siklòn oben tjek voumvap lanmè. Lire la suite
Les Békés ont été pendant 3 siècles les papillonneurs en chef ! Lire la suite
Seul le .Béké G.Hayot fut donc un "papilloneur" ,mais JAMAIS les Nègres mqs ?
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...me sommes-tu d'écrire ceci ou cela, comme ci ou comme ça ? Tu te prends pour QUI, bouffon ? Lire la suite
Vous auriez donc dû écrire :le transport ,"un des secteurs mal géré par les Nègres "
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