Le dernier roman de l'écrivain martiniquais Raphaël Confiant, Barbès Créole Blues vient de paraitre au Mercure de France, son éditeur depuis près de 30 ans.
Nous l'avons rencontré...
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Fondas Kréyol : Votre dernier roman a pour cadre l'émigration antillaise et guyanaise en France à partir des années 60 et du BUMIDOM. Comment expliquer que la vie de nos compatriotes de Là-Bas ait suscité si peu d'oeuvres littéraires ?
R. Confiant : De la part de qui ? Des auteurs vivant au pays ou de ceux de l'émigration ? Pour les premiers, cela peut se comprendre dans la mesure où il devaient d'abord déchiffrer notre réel, réécrire notre histoire et écrire nos histoires. D'où tous ces mouvements littéraires tels que le Régionalisme, la Négritude, l'Antillanité, la Créolité etc... En 1981, Tony Delsham avait tout de même publié Xavier, le drame d'un émigré antillais qui avait connu un grand succès localement et en 1985, Loïc Léry avait publié Le gang des Antillais qui fut bien reçu également et devint un film par la suite. Pour les seconds, ceux qui vivent en France donc, cela se comprend aussi étant donné les difficultés d'intégration au sein d'une société qui les a accueillis plutôt fraîchement. Il y a eu quand même Françoise Ega, Daniel Picouly, José Lemoigne, Alain Foix, Philippe Triay ainsi que plus récemment, Christian Rapha, qui ont évoqué ce qu'on pourrait appeler "la condition ultramarine". Mais c'est vrai que c'est assez peu...
Fondas Kréyol : Le titre de votre roman interpelle avec cette évocation du quartier Barbès...
R. Confiant : En fait, c'est mon deuxième roman qui traite de notre émigration en France. Le premier, Le Bal de la rue Blomet, est sorti en 2023. J'y évoquais le fameux Bal Nègre de l'entre-deux guerres, époque où la biguine régnait sur Paris. Pourquoi Barbès ? Parce que c'est le quartier populaire parisien par excellence, l'endroit où se côtoient Maghrébins, Africains, Antillais et Asiatiques au sein d'une population française plébéienne. Bon, auprès des bourgeois, Barbès a une mauvaise image qu'on peut résumer par le magasin Tati et ses sacs quadrillés bleu et rouge si reconnaissables. Dans les années 60-70, la prostitution y régnait aussi.
FONDAS KREYOL : Précisément, votre héroïne, Emilienne, est une jeune martiniquaise qui a sombré dans la prostitution. Issue du BUMIDOM...
R. CONFIANT : Je suis arrivé en France pour faire mes études très exactement en septembre 1969 et j'ai pu voir de mes yeux vu des prostituées antillaises à Barbès-Rochechouard. On a longtemps caché cette réalité à nos populations restées au pays pour éviter d'abimer l'image du BUMIDOM. Ce dernier était vu comme une planche de salut pour les milliers de nos compatriotes qui se retrouvaient sans emploi à cause de l'effondrement brutal dans les années 60 de la société d'Habitation autrement dit de l'industrie sucrière. A l'époque, on disait d'ailleurs "partir pour France" et non "partir en France", ce qui témoigne d'une forme d'espoir. Hélas, espoir "mal-papaye" comme on dit en créole pour beaucoup, notamment les femmes. Mais ces femmes contraintes de vendre leur corps n'étaient fort heureusement qu'une toute petite minorité ! La grande majorité de nos compatriotes immigrés exerçait des professions tout à fait normales : facteurs, infirmières, employés de la RATP, commis, secrétaires, agents de police, douaniers etc...
FONDAS KREYOL : L'autre protagoniste de votre roman, Boris, est un étudiant mulâtre à la Sorbonne qui, par hasard, va tomber amoureux d'Emilienne. C'est vous ?
R. CONFIANT : Pas du tout car j'ai raté en 1969 l'examen d'entrée à Sciences Po-Paris à une époque où n'existaient que cinq Instituts d'Etudes Politiques dans l'Hexagone et me suis rabattu sur celui d'Aix-en-Provence, ville que j'avais choisie à cause de son ensoleillement. Bon, ce n'était pas un mauvais choix puisqu'à l'époque Philippe Seguin, Elisabeth Guigou ou Christine Lagarde qui dirige le Fond Monétaire International, y faisaient aussi leurs études ainsi qu'une Sri-lankaise dont le nom m'échappe et qui est devenue présidente de la République de son pays. En octobre 1969 donc, j'avais donc quitté Paris après seulement un mois. C'est une ville que je connais peu et que j'ai fréquentée par à-coups, jamais plus de deux semaines chaque fois. Par conséquent le Boris de mon roman ne peut être moi. En plus, je suis un Chaben et pas un Mulâtre. Ha-ha-ha !
FONDAS KREYOL : Pour les lecteurs de notre site qui ne sont pas Antillais ou créolophones, qu'est-ce qu'un "Chaben" ?
R. CONFIANT : Très simple ! Un Chaben est le pire du Nègre et le pire du Blanc avec quelques traces de férocité kalinago ou caraïbe. Ha-ha-ha !
FONDAS KREYOL : Revenons à votre roman, "Barbès Créole Blues". Est-ce que...
R. CONFIANT : Je n'en dirai pas plus. Si d'aventure quelqu'un veut en connaitre le contenu, il n'a qu'à s'en procurer un exemplaire. Je suis exaspéré par le fait que trop de gens se laissent happer par la face sombre de cet outil pourtant génial qu'est l'Internet à savoir les réseaux sociaux et en particulier cette saloperie qu'est Tik Tok. D'ailleurs, je n'ai pas de smartphone ! Juste un portable non-connecté à l'Internet qui m'a coûté 35 euros juste pour envoyer des SMS et recevoir des appels. Mais j'ai un ordinateur sur lequel j'adore naviguer sur la face lumineuse de l'Internet : Wikipédia, Google, Quant, Gallica etc...et aussi envoyer des mails que je conçois d'ailleurs comme de véritables lettres 2.0. Bon, je me calme...Mon roman évoque la vie de la communauté antillaise à Paris à la fin des années 60, cela dans toutes ses composantes : infirmière mariée à un Blanc, servante chez des grands bourgeois, proxénètes, étudiants petits-bourgeois se disant révolutionnaires etc...
FONDAS KREYOL : Le monde actuel est sens dessus dessous à cause du déchainement de racialisme, de nationalisme, de capitalisme débridé et d'impérialisme, pensez-vous que la littérature puisse jouer un rôle d'apaisement à un niveau ou un autre ?
R. CONFIANT : Aucun ! Vous avez oublié de citer le fascisme d'ailleurs. Contre toutes ces turpitudes, les mots, fussent-ils les plus poétiques du monde, ne peuvent rien. Un poème ne saurait faire oublier les 80.000 morts de Gaza. Il faut tout simplement riposter contre l'adversaire ou l'ennemi du moment avec la même implacabilité. Pas avec des mots ! S'imaginer que ces derniers suffisent comme le répètent à loisir certains écrivains revient tout simplement à se faire mousser. A peu de frais...
FONDAS KREYOL : Après des décennies de succès au plan hexagonal et international, la littérature antillaise semble marquer le pas depuis le début du nouveau millénaire, quel conseil donneriez-vous à un jeune auteur qui veut se lancer ?
R. CONFIANT : Aucun ! J'ai écrit mes cinq premiers livres en créole et pour ce faire, je n'avais demandé conseil à personne à l'époque. Si je l'avais fait, on m'aurait lancé que j'étais cinglé, remarque qui m'a d'ailleurs été faite moult fois après leur parution. Ces livres n'ont eu aucun écho. Bon, c'était le début des années 80 et notre idiome matriciel n'avait pas encore acquis le statut qui est le sien aujourd'hui. Lorsque par la suite, j'ai décidé de passer au français, je n'avais demandé conseil à personne non plus. Donner des conseils aux jeunes écrivains relève d'un paternalisme écoeurant à mon sens.
FONDAS KREYOL : Au fait, vous en êtes à votre soixantième et quelque livre. Vous comptez vous arrêter quand ?
R. CONFIANT : Jusqu'à ce que mort s'ensuive. Ha-ha-ha ! Plus sérieusement, je rumine cette phrase de Fidel Castro : "Seuls les révolutionnaires et les écrivains ne prennent jamais leur retraite". Comme je je suis pas un révolutionnaire, je rentre dans la deuxième case. Ha-ha-ha !...Enfin, disons que j'ai eu mes petits accès de révolutionnarisme quand même au cours de ma déjà longue existence : je n'ai jamais eu de carte d'identité de ma vie, seulement un passeport ; je n'ai jamais mis de cravate ; après mes études à Sciences Po, j'avais été admis en Préparation au Concours d'entrée à l'ENA en 1974 mais j'ai abandonné au bout de quatre mois pour rejoindre l'Algérie de Houari Boumedienne où se trouvaient depuis longtemps Daniel Boukman et Roland Thésauros ; mes différentes voitures ont été des 4L, des Austin Mini ou Autobianchi, jamais de 4/4 ou de SUV ; je n'ai pas Whatsap ni Tiktok ni Twiter ; je n'ai pas de smartphone. Bref des petits trucs de résistance anodine, quoi ! Des broutilles...
Ce physicien irréprochable ,grand humaniste et quasi militant de la dénucléarisation était trop Lire la suite
...certains "commentateurs" qui sévissent dans la rubrique de ce site-web. Lire la suite
...tenter de disculper l'élite corrompue occidentale et rejeter ses turpitudes sur les Russes. Lire la suite
1) Comment se fait-il qu'un simple "financier" connaisse , fréquente , tutoie , invite chez lui Lire la suite
...attend l’Ensemble Institutionnel Français (France + "Outremers") si le FN-RN et Reconquête acc Lire la suite